mercredi 13 décembre 2017

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Quand la CIA espionnait le nucléaire français

LCI

mercredi 22 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Selon des documents secrets déclassifiés, l’agence de renseignement américaine et d’autres services ont amplement espionné le programme nucléaire français depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Evidemment, le fait d’apprendre que les Etats-Unis ont espionné la France n’est pas une surprise en soi, surtout à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale quand Washington s’inquiétait d’une éventuelle prise de pouvoir du parti communiste à Paris.

Mais les trente-deux documents déclassifiés rendus publics mardi par les Archives de Sécurité nationale révèlent l’étendue de l’intérêt manifesté par la CIA et différentes institutions américaines -département d’Etat, commandement militaire pour la zone Pacifique, commandement stratégique aérien et Manhattan Project (ndlr : nom de code du programme pour le développement de la bombe atomique américaine) pour le programme nucléaire français et les méthodes utilisées pour le surveiller.

Satellites, avions espions...

Ces documents s’étalent sur période de plus de 40 ans, allant de février 1946 à juin 1987.La pleine période d’espionnage a eu lieu de la fin des années 1950 jusqu’au milieu des années 1970, au début du programme français, et notamment des essais dans l’atmosphère.

Et Washington a vraiment mis les grands moyens en déployant des satellites, des avions espions U2, des navires de la marine, interceptant des communications et utilisant des espions pour réunir des informations sur le programme français, à la fois en France et dans le Pacifique. "Evidemment, lorsque la France a cessé les essais dans l’atmosphère en 1974, il y a eu moins d’informations à recueillir" explique Jeffrey Richelson, chercheur aux Archives de la sécurité nationale.

"Responsables communistes"

Citant "une source sûre", un mémorandum ultra-secret daté du 18 février 1946 rapporte par exemple que "selon une rumeur, des savants français ont trouvé la formule et mis au point les techniques pour des explosions atomiques et ils veulent maintenant vendre cette information". "Ils prétendent qu’ils ne veulent pas la vendre aux Alliés ou à leur propre gouvernement pour des raisons politiques" poursuit le mémorandum. Quelques mois plus tard, un autre document secret américain note : "Il est bien connu qu’au Commissariat à l’énergie atomique français, tous les responsables sont des communistes ou des sympathisants communistes...".

Au début des années 1950, le département d’Etat et l’armée américaine suivaient de près les personnels travaillant aux programmes nucléaires français alors que la France n’avait pas encore pris la décision d’acquérir l’arme nucléaire. Cette surveillance s’est accrue au milieu des années 1950 après la mise en place de groupes d’études secrets sur l’arme nucléaire, la recherche d’un centre d’essais et enfin les premiers essais nucléaires à partir de 1960 au Sahara puis dans le Pacifique à partir de 1966.

La Nouvelle-Zélande en relais

Les documents des années 1960 décrivent en détail les sites de Mururoa et Fangataufa en Polynésie, ainsi que l’opération américaine "Burning Light" (lumière brûlante) qui visait à mesurer les ondes électromagnétiques des essais français, les services de renseignement américains ayant appris à l’avance, la date et l’heure de ces essais.

Le document le plus récent date de 1987. Mais, selon Jeffrey Richelson, les activités de surveillance des activités nucléaires françaises se sont poursuivies dans les années 1990. Il assure qu’une partie était menée par la Nouvelle-Zélande, en coopération avec les Etats-Unis.


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