mercredi 18 octobre 2017

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Le représentant de Thales à Séoul inculpé dans une affaire d’espionnage

Philippe Pons (à Tokyo) et Laurent Zecchini, le Monde

mercredi 22 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Pour le groupe Thales, il s’agit d’un "incident", dont la direction ne doute ni "de l’issue favorable et positive" ni que "sa bonne foi sera reconnue". Pour le juge d’instruction sud-coréen Kim Hoon, le représentant du groupe Thales a obtenu des documents classifiés du ministère de la défense relatifs aux composants d’un radar de la marine sud-coréenne. Pour l’intéressé, Bernard Favre d’Echallens, qui a été arrêté mardi 21 mars et inculpé pour violation présumée de secrets militaires, l’affaire est grave, puisqu’il risque une peine maximale de quinze ans de prison.

L’origine des faits, selon Thales, remonte à environ deux ans. Une enquête est ouverte, à cette époque, à la suite de fuites répétées au ministère de la défense. Une perquisition est effectuée dans les locaux de Thales et "des documents, qui n’auraient pas dû être là, ont été trouvés".

L’explication ? Elle est simple, selon un porte-parole du groupe : alors qu’en France tous les documents "secret-défense" ou "confidentiels" sont estampillés comme tels, en Corée du Sud, ils ne le sont pas. Ce serait donc parce qu’il en ignorait le caractère sensible que Bernard Favre d’Echallens aurait conservé ces papiers...

De source sud-coréenne, on a une autre version, puisqu’on indique que le Français aurait versé "au moins 1 million de dollars" pour obtenir ces documents (à Séoul, le juge Kim a évoqué une commission de 500 000 dollars). Thales parle à ce sujet de "confusion" : en réalité, le consultant du groupe à Séoul, Y. B. Park, avait demandé "1 million d’euros" pour intervenir dans une autre affaire, mais cette commission a été refusée par le groupe d’électronique et de défense. Y. B. Park, ancien "no 2" de l’ADD, l’Agence sud-coréenne pour le développement de la défense (l’équivalent de la Délégation générale pour l’armement-DGA française), a été également incarcéré, ainsi que deux fonctionnaires sud-coréens.

"CHASSE GARDÉE" AMÉRICAINE

Dans ce genre de marché, les programmes sont toujours "confidentiels" et la limite entre ce qui relève du "secret d’Etat" et de l’information sur les spécifications nécessaires pour répondre à un appel d’offres n’est jamais très claire, fait-on observer dans les milieux industriels de l’armement. Le parquet estime cependant disposer de "suffisamment de preuves" pour inculper le ressortissant français, qui pourrait être jugé en avril.

Cette affaire a pour toile de fond la tentative de Thales de pénétrer une "chasse gardée" américaine. A la suite de l’arrivée au pouvoir du président Roh Moo-hyun, en février 2003, la Corée du Sud - où sont stationnés 32 000 soldats américains - essaye de se dégager de sa dépendance militaire vis-à-vis des Etats-Unis. Avec un budget de défense en augmentation de 12 %, dont un tiers est destiné à la modernisation de son armement, la Corée du Sud tente de diversifier ses fournisseurs, jusqu’à présent pratiquement exclusivement américains. Mais Washington n’entend pas laisser entamer un marché aussi captif.


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