dimanche 22 octobre 2017

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Quand la CIA scrutait le nucléaire français

Arnaud de La Grange, le Figaro

jeudi 23 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Des documents déclassifiés révèlent que des espions américains ont surveillé pendant des décennies les progrès de l’atome militaire français.

LE 13 FEVRIER 1960, à 07 h 04, en procédant à sa première explosion au-dessus du Sahara, la France entrait dans le club des puissances nucléaires militaires. Cela faisait quinze ans que la marche vers l’atome militaire avait commencé, à l’initiative du général de Gaulle. Quinze ans, aussi, que les services secrets américains suivaient à la loupe cette démarche.

Des documents déclassifiés et rendus publics mardi aux Etats-Unis ont révélé que Washington a espionné pendant des décennies le programme nucléaire français. Ces archives, qui courent de février 1946 à juin 1987, proviennent de la CIA, du Département d’Etat, du commandement militaire pour la zone Pacifique, du commandement stratégique aérien et du Manhattan Project (nom de code du programme pour le développement de la bombe atomique américaine). Que les menées nucléaires françaises aient intéressé les services spécialisés, outre-Atlantique, n’est pas une surprise. Mais l’ampleur de cette curiosité et des moyens mis en oeuvre est plus surprenante. Au plus fort de son intérêt, Washington a affecté à cette mission des satellites, des avions espions U2, des navires de guerre. Ainsi que des espions inflitrés.

L’intérêt américain était de deux ordres, technique et politique. Sur le premier point, des documents des années 60 décrivent l’opération « Burning light » (lumière brûlante), qui visait à mesurer les ondes électromagnétiques des essais français. Ces archives montrent que les services américains connaissaient à l’avance la date et l’heure des tirs. Elles décrivent aussi en détail les sites de Mururoa et Fangataufa, en Polynésie.

Maillon faible

Côté politique, la France est soupçonnée d’être un maillon faible dans le dispositif de la guerre froide. Citant une « source sûre », un mémorandum ultrasecret du 18 février 1946 rapporte que, « selon une rumeur, des savants français ont trouvé la formule et mis au point des techniques pour des explosions atomiques et ils veulent maintenant vendre cette information ». Plutôt qu’à leur gouvernement ou à des alliés, ces scientifiques auraient alors préféré traiter avec « d’autres ». Quelques mois plus tard, un autre document secret indique : « il est bien connu que, au Commissariat à l’énergie atomique français, tous (les responsables) sont des communistes ou des sympathisants communistes »...

Selon Jeffrey Richelson, ces activités d’espionnage se sont poursuivies dans les années 90. Avec une participation néo-zélandaise, aux côtés des agents américains. Voilà peut-être de quoi suggérer quelques répliques aux officiels français, quand Auckland leur ressert les griefs du Rainbow Warrior...


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