mardi 12 décembre 2017

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Le protectionnisme au coeur du sommet de l’UE

Alexandrine Bouilhet, le Figaro

jeudi 23 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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N’EN DEPLAISE à la France, la bataille sur le protectionnisme risque de dominer le sommet européen à Bruxelles. Très remontés par « l’affaire Suez », intervenue en pleine campagne électorale, les Italiens veulent profiter de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement pour dénoncer haut et fort le protectionnisme français. Dès hier, le ministre des Finances de Silvio Berlusconi, Giulio Tremonti, a fait circuler une lettre auprès de ses homologues européens, condamnant le retour du protectionnisme en Europe. Ce courrier vise d’abord la France, mais aussi la Pologne et l’Espagne, qui ont récemment bloqué des OPA transeuropéennes, dans les secteurs bancaire et énergétique.

Trouvant la ficelle italienne un peu grosse, à quelques jours des élections sur la péninsule, les ministres néerlandais, suédois et finlandais ont refusé de signer la lettre de Tremonti, alors que les Britanniques, les Irlandais et les Danois réservaient leur réponse. S’ils refusent de signer la missive, maladroite à leurs yeux, les gouvernements les plus libéraux n’en sont pas moins d’accord, sur le fond, avec les Italiens, soutenus, dans l’affaire Suez, par la Commission européenne. « Le patriotisme économique menace le marché intérieur qui est à la base du projet européen », indique un diplomate néerlandais. « L’intervention visible des gouvernements sur les marchés nuit aux entreprises, à l’investissement, donc à l’emploi : c’est contre-productif », ajoute-t-on côté britannique.

La France en première ligne

Palpable dans les coulisses à Bruxelles, la mauvaise humeur du camp libéral, qui rassemble plus de la moitié des Etats membres en Europe, pourrait gâcher l’ambiance du dîner des ministres des Finances et venir contaminer celui des chefs d’Etat, consacré à l’énergie. D’autant qu’une rumeur persistante évoque la possibilité d’une contre-offre imminente d’Enel sur Suez, ce qui ne manquerait pas d’animer les débats.

« Les gouvernements doivent dérouler le tapis rouge aux entreprises européennes et non pas leur mettre des bâtons dans les roues », insiste José Manuel Barroso. « Le nationalisme économique est absurde. Eriger des murs, des barrières, c’est contraire aux principes du marché commun », répète le président de la Commission européenne.

Dans cette bataille contre le protectionnisme, la France se retrouve, une fois de plus, en première ligne. « Plus nationaliste que jamais », regrette-t-on à Bruxelles, le gouvernement français revendique son droit au « patriotisme économique », en piétinant les règles élémentaires du marché intérieur. L’Allemagne a ouvertement manifesté son inquiétude par la voie de son président. « L’attitude de la France est d’autant plus mal vue que ses entreprises sont très agressives et très performantes à l’étranger », explique-t-on à la Commission européenne. De son côté, le commissaire au Marché intérieur, Charly McGreevy, dénonce les « lignes Maginot » que le gouvernement français veut dresser autour d’une dizaine de secteurs jugés « stratégiques ». Sur le banc des accusés, la France n’est pas isolée. L’Espagne et la Pologne sont également dans le collimateur, alors que l’Allemagne et l’Italie ne sont pas exemptes de tout reproche en matière de protectionnisme. Mais depuis un an et depuis son non retentissant à la Constitution, la France est le seul Etat membre de l’Union à adopter une attitude défensive sur tous les projets censés améliorer les performances du continent : la directive Bolkestein sur les services, l’ouverture du marché du travail aux pays de l’Est, la libéralisation du marché de l’énergie, la réforme de la PAC, ou l’élargissement.

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’’L’attitude de la France est d’autant plus mal vue que ses entreprises sont très agressives et très performantes à l’étranger’’, explique-t-on à la Commission européenne. (Photo AP / Yves Logghe)


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