mercredi 18 octobre 2017

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Accusé de protectionnisme, Jacques Chirac dénonce des "contrevérités"

Thomas Ferenczi et Philippe Ricard, le Monde

dimanche 26 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Jacques Chirac a profité de la réunion du Conseil européen, jeudi 23 et vendredi 24 mars à Bruxelles, pour tenter de répondre aux critiques faites à son action. Plusieurs de ses partenaires européens l’accusent de protectionnisme en raison de sa gestion de la fusion Gaz de France avec Suez, décidée pour éviter une OPA de l’italien Enel sur ce dernier. Cette opération a été présentée par le gouvernement comme un exemple de "patriotisme économique", au moment où l’Union tente de se doter d’une stratégie commune de l’énergie. En pleine crise du contrat première embauche (CPE), le chef de l’Etat est également interpellé sur la façon dont le gouvernement mène ses réformes, alors que le débat bat son plein en Europe sur la "flexisécurité" - une notion censée associer flexibilité du travail et sécurité des travailleurs.

Sur l’énergie, M. Chirac a affirmé que "la cohérence franco-allemande a été absolument parfaite" et que Mme Merkel s’est dite "stupéfaite" de lire qu’elle aurait exprimé des réserves sur le protectionnisme français. La chancelière allemande avait demandé la veille de "ne pas empêcher l’émergence de champions européens au nom de l’intérêt national". "Nous avons préparé ensemble notre politique commune sans l’ombre d’une difficulté", a-t-il dit, avant de souligner qu’il n’avait pu qu’approuver intégralement la communication de la chancelière allemande sur le sujet devant le Conseil. La France et l’Allemagne plaident pour coordonner davantage les politiques nationales dans ce domaine, mais dans le respect de la souveraineté des Etats membres.

M. Chirac a ensuite expliqué que les accusations de protectionnisme adressées à la France sont des "contrevérités évidentes". "On dit n’importe quoi", a-t-il lancé, statistiques du Fonds monétaire international à l’appui. Compte tenu de sa richesse, la France accueille deux fois plus d’investissements étrangers que l’Allemagne et trois fois plus que l’Italie. Les investissements étrangers représentent 42% des investissements en France contre 36% en Grande-Bretagne, 24% en Allemagne, 21% en Espagne et 13% en Italie, a précisé M. Chirac, qui a rappelé que 45% du capital des entreprises du CAC 40 est détenu par des investisseurs étrangers. Quant à l’OPA d’Enel sur Suez, ce n’était, selon lui, qu’une "opération strictement financière", sans logique industrielle. M. Chirac s’est réjoui qu’aucune empoignade n’ait eu lieu sur le "patriotisme économique", en dépit des commentaires faits en marge du conseil. A l’instar de Silvio Berlusconi, le premier ministre britannique, Tony Blair, n’a pas voulu gâcher le consensus apparent sur l’énergie. Mais en quittant le conseil, il a lâché devant la presse : "Au 10 Downing Street, l’électricité est fournie par une entreprise française, l’eau par une allemande, pour le gaz, il y a le choix entre quatre groupes, dont trois étrangers, et cela ne pose pas de problème".

LE DOSSIER BOLKESTEIN

M. Chirac a aussi justifié son attitude sur le CPE. Il a fait part du "soutien" et de l’"étonnement" de ses collègues européen face aux réactions suscitées en France par ce projet. Après avoir condamné des violences "intolérables" et "inacceptables", il a souhaité que des solutions soient trouvées, par le dialogue, pour répondre aux "inquiétudes" et aux "interrogations". "Quand une loi a été votée, elle doit être appliquée, a-t-il ajouté. Cela n’empêche pas de discuter de telle ou telle modalité".

M. Chirac a pu se consoler en constatant que les Vingt-cinq ont, malgré les réserves des Pays-Bas et de quelques nouveaux pays membres, repris à leur compte le compromis sur la directive Bolkestein voté par le Parlement européen. Malgré la demande de "remise à plat" formulée par M. Chirac il y a un an, le dossier avait mobilisé les partisans du non au référendum. Les Vingt-cinq affirment dans leurs conclusions avoir "accueilli avec satisfaction le vote du Parlement européen". Le nouveau texte, a noté le président fançais, "n’a plus rien à voir avec l’ex-directive Bolkestein".

M. Chirac s’interroge sur l’élargissement

Le président de la République a repris à son compte, vendredi 24 mars, les réserves formulées depuis quelques mois par ses ministres, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy en tête, sur l’élargissement de l’Union européenne. "Il ne faut pas confondre hâte et précipitation", a-t-il déclaré. S’il se dit toujours "favorable" à l’adhésion de nouveaux Etats pour "enraciner la démocratie et la paix" sur le continent, ce partisan déclaré de l’adhésion turque invite les Européens à tenir compte des réalités, c’est-à-dire de la "capacité d’absorption" de l’UE, non "dans un esprit de restriction mais de réalisme". Ces commentaires font écho au débat amorcé par les ministres européens des affaires étrangères, jeudi, sur l’avenir de l’Union élargie après l’échec des référendums sur la Constitution. En vue du conseil européen de juin, la présidence autrichienne a suggéré de prolonger les réflexions lors d’une réunion informelle, sans doute en avril en Autriche. - (Corresp.)


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