jeudi 19 octobre 2017

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La navette clouée au sol depuis deux ans

Cyrille Vanlerberghe, Le Figaro

mardi 1er février 2005, sélectionné par Spyworld

Il y a deux ans jour pour jour, la navette spatiale Columbia se désintégrait lors de sa rentrée dans l’atmosphère au terme d’une mission scientifique de deux semaines en orbite. Les sept astronautes à bord périrent dans l’accident.

Après enquête, il fut établi que la cause du drame était un bloc de mousse isolante de la taille d’une valise, qui avait percuté et perforé le bord d’attaque de l’aile gauche lors du décollage. L’incident n’avait eu aucune conséquence lors de la mission en orbite, mais lors de la rentrée, du plasma chauffé à des milliers de degrés s’était engouffré dans la brèche, jusqu’à la destruction totale de l’avion spatial à une vingtaine de kilomètres au-dessus du Texas.

La semaine dernière, tous les employés de la Nasa ont observé une minute de silence en mémoire des astronautes disparus. La période de la fin janvier, début février est lourde de souvenirs, car c’est à ce moment de l’année qu’ont eu lieu toutes les catastrophes spatiales : l’incendie qui tua les trois astronautes d’Apollo 1 le 27 janvier 1967, l’explosion de Challenger le 28 janvier 1986, et la perte de Columbia le 1er février 2003.

La Nasa porte maintenant toute son attention sur la préparation du retour en vol de la navette Discovery, dont la première fenêtre de tir s’ouvre du 12 mai au début juin.

Ces dernières semaines, les équipes du centre Kennedy ont reçu deux équipements importants qui illustrent particulièrement bien l’énorme travail fourni par l’agence spatiale américaine et ses fournisseurs industriels pour éviter que le drame de février 2003 ne se reproduise. Il s’agit, d’une part, du gigantesque réservoir central modifié qui sera placé sous le ventre de Discovery, d’autre part d’une toute nouvelle extension du bras robotique qui servira à inspecter en orbite l’ensemble des tuiles de protection thermique de la navette. L’isolation du nouveau réservoir central a été spécialement modifiée pour éviter que des gros morceaux d’isolants ne se décrochent lors du décollage, et ne viennent frapper à haute vitesse les ailes et le ventre de la navette. La partie incriminée, sur l’attache des bras qui relient le réservoir à la navette n’est plus recouverte de mousse isolante, mais a été dotée de résistances chauffantes pour éviter qu’elle ne gèle.

Ces deux nouveaux équipements font partie des mesures prises par la Nasa pour répondre aux quinze demandes faites par la commission d’enquête de Columbia afin d’assurer un retour en vol le plus sûr possible aux trois navettes restantes, Discovery, Atlantis et Endeavour.

Si par malheur des tuiles de protection thermique ou des bords d’attaque en carbone étaient tout de même endommagés au décollage, la Nasa a également essayé de penser des outils et des techniques pour que des astronautes en scaphandre puissent réparer les dégâts. Malheureusement, cet aspect s’est révélé très complexe à mettre au point, et les astronautes de Discovery ne disposeront que d’un kit de réparation sommaire, qui ne leur permettra de combler que des petits impacts de quelques centimètres carrés, mais ne pourrait rien contre la brèche béante qui a condamné Columbia. Pour le moment, la Nasa n’a rempli que six des quinze recommandations requises, mais affirme être capable de toutes les respecter d’ici le mois de mai.

Dans le pire des cas, les astronautes de Discovery, ainsi que les équipages des prochaines navettes auront toujours la possibilité de se réfugier à bord de la Station spatiale internationale (ISS), en attendant d’être sauvés par un lancement de navette de secours. Contrairement à Columbia, qui avait fait un vol scientifique, hors de portée de l’ISS, toutes les prochaines missions des navettes seront consacrées à la fin de l’assemblage du grand laboratoire orbital.


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