mardi 17 octobre 2017

Accueil du site > Défense > France > Alcatel, EADS : bataille autour de Thales pour un Airbus des (...)

Alcatel, EADS : bataille autour de Thales pour un Airbus des satellites

Dominique Gallois, le Monde

mercredi 29 mars 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Un conseil d’administration extraordinaire du groupe français d’électronique et de défense Thales pourrait se tenir très rapidement - peut-être dès jeudi 30 mars.

Il serait consacré à l’approbation de l’apport des activités satellites d’Alcatel, contre une montée en puissance du groupe dirigé par Serge Tchuruk dans le capital : déjà actionnaire à 9,5 % de Thales, le fabricant d’équipements de télécommunications porterait sa participation à 25 % ou 30 %. Le conseil pourrait également étudier la demande d’EADS d’apporter ses activités satellites, contre une participation au capital.

La mise en oeuvre de ces différents projets dépend des choix que fera l’Etat français, principal actionnaire de Thales (30,1 % du capital). Mercredi 29 mars, dans la matinée, le gouvernement n’avait pas encore arrêté sa décision.

Depuis plusieurs mois, M. Tchuruk veut augmenter le poids d’Alcatel dans Thales. Les discussions butaient toutefois sur la valorisation des actifs qu’il souhaite apporter : Alcatel Alenia Space, filiale commune avec l’italien Finmeccanica, et les activités de transport-sécurité. Un accord a finalement été trouvé mi-mars, valorisant l’ensemble à près de 2 milliards d’euros, ce qui a permis de pousser plus avant les négociations.

L’annonce, vendredi 24 mars, du projet de mariage entre Alcatel et l’américain Lucent, n’a fait qu’accélérer le processus. Chez Alcatel, on explique que les activités satellites n’ont rien à voir avec le coeur de ce futur nouvel ensemble.

Pour Thales et les pouvoirs publics, il s’agit, officiellement, de créer un ensemble industriel européen d’électronique et de défense capable de rivaliser avec les industriels américains.

Officieusement, il s’agit aussi de mettre à l’abri des activités jugées stratégiques. En effet, Alcatel et Thales développent le système de télécommunications militaire par satellite Syracuse. Les deux groupes et EADS sont parties prenantes dans Galileo, le futur système de navigation européen par satellites, destiné à concurrencer le GPS américain.

Pour autant, la montée en puissance d’Alcatel au tour de table de Thales dépend de la configuration du futur groupe Alcatel-Lucent. Car, si le siège du nouvel ensemble pourrait rester à Paris, sa direction générale devrait être américaine, ainsi qu’une bonne partie de son actionnariat.

CLAUSES DE CONFIDENTIALITÉ

La participation d’Alcatel serait dès lors très encadrée. L’Etat, qui détient une golden share (action privilégiée) dans Thales, pourrait mettre des conditions. Des clauses de confidentialité seraient imposées, comme les Américains s’apprêtent à le faire pour les activités défense et sécurité des centres de recherche de Lucent, les "Bell labs".

Cette opération serait simple à régler si EADS ne s’était pas invité dans le jeu. Depuis plusieurs semaines, la direction du groupe franco-allemand d’aéronautique et de défense réfléchit à une manière de ne pas être écartée de Thales, groupe qu’elle convoite depuis longtemps.

Ses dirigeants ont donc proposé l’apport de leur activité de satellites, Astrium, en échange d’une part de 20 % dans le capital. Ce montage a reçu l’appui des actionnaires français (l’Etat et Lagardère) et allemand (DaimlerChrysler). Ils ont adressé, le 23 mars, cette proposition aux dirigeants de Thales et d’Alcatel, et surtout aux pouvoirs publics français et allemand. La constitution d’un acteur unique européen dans le spatial, au lieu de deux actuellement, a bénéficié immédiatement du soutien allemand.

Cette idée de créer un "Airbus des satellites", rassemblant Français, Allemands et Italiens, aurait également les faveurs de l’Elysée. Le président Jacques Chirac et la chancelière Angela Merkel en auraient discuté lors du conseil franco-allemand, mi-mars.

Politiquement cela permettrait à Paris et Berlin de relancer un projet industriel européen et d’atténuer l’image négative véhiculée par la notion de patriotisme économique.

Le ministère français de l’économie, qui privilégiait jusqu’alors la seule solution Alcatel, commencerait à intégrer cette idée. Bercy ne fait cependant aucun commentaire.

Chez Thales, l’idée d’être le centre des satellites européens serait bien reçue, même si elle n’avait jamais été envisagée. Le groupe savoure, non sans une certaine ironie, le renversement de tendance. Aujourd’hui, EADS et Thales, qui se proposent de lui amener leurs activités satellites, sont les mêmes qui, en 2004, voulaient se partager ses actifs.

Reste à savoir quelles seront les conséquences d’une telle fusion sur les sites et l’emploi, et comment réagiront les autorités de la concurrence, à Bruxelles.

Les discussions finales devraient porter sur le calendrier de l’opération. Alcatel, pressé, souhaiterait son bouclage au plus vite. L’idée de faire une intégration en deux temps serait alors privilégiée.

Cette option ne convient pas à EADS, qui souhaite que les deux opérations soient concomitantes. Les activités étant très similaires, elles seraient valorisées simultanément.

Chiffres

Actionnariat de thales. Le capital du groupe d’électronique et de défense est réparti entre l’Etat français (31,3 %), Alcatel (9,5 %) et Gim Dassault (5,7 %) - les trois réunis dans un pacte d’actionnaires depuis 1998 -, et les salariés (4,8 %). Le reste est dans le public.

Poids dans les satellites. Alcatel Alenia Space rassemble les activités d’Alcatel et de l’italien Finmeccanica, soit 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 7 000 salariés. Second acteur européen, Astrium est une filiale d’EADS. Elle emploie 6 800 salariés et réalise 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :