dimanche 17 décembre 2017

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Toulouse, cité des étoiles

Corinne Zerbib, 01Net

mardi 1er février 2005, sélectionné par Spyworld

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Le Grand Toulouse se positionne comme tête de pont dans Galileo, le système satellitaire européen. A la clé, un centre de test des applications pour mobiles.

Serein en apparence, il est en permanente ébullition : chaque minute compte. La semaine dernière à Rennes, puis au Japon. Demain au Maroc, puis à Lille. Mais aussi le Canada, la Chine, l’Inde, le Brésil, les Etats-Unis... Richard Reclus parcourt la France et le monde depuis deux ans. Son but ? Nouer des partenariats tous azimuts autour du projet d’applications de la navigation par satellite, qu’il pilote au sein de la division du développement économique du Grand Toulouse.

« Je suis un missionnaire » , reconnaît-il. Il porte la bonne parole sur les retombées potentielles de Galileo, le système satellitaire lancé par la Commission européenne. L’agglomération toulousaine se dépense sans compter pour devenir le pôle national, voire européen, de la navigation par satellite. L’enjeu est de taille : maintenir et attirer les entreprises, et donc les emplois.

Mobiliser sans attendre l’année 2008

Centre de recherche et développement, formation, centre d’expérimentation, réseau de partenariats avec les régions de France qui le souhaitent, dialogue avec les industriels... L’agglomération met en place un environnement favorable au développement des applications et services issus de Galileo.

C’est une structure mixte mêlant Etat et collectivités territoriales, dénommée le Centre européen des applications de la navigation par satellite (CEANS), en cours d’élaboration, qui s’en chargera. « Ce centre ne porte pas le nom de Galileo ­ surtout pas ! », s’exclame Richard Reclus.

Car la nouvelle constellation de trente satellites, appelée à s’affranchir de la dépendance du GPS (Global Positionning System) militaire américain, ne verra le jour qu’en 2008, au mieux. Et plus probablement vers 2010. « Impossible de mobiliser les PME pour une échéance si lointaine » , poursuit-il. Heureusement, Toulouse possède plus d’une corde à son arc. En effet, la ville abrite depuis 1990 les travaux sur la navigation par satellite menés par le Cnes, le STNA (Service technique de la navigation aérienne), l’Agence spatiale européenne et Alcatel Space.

Entreprise en charge de la conception et de la réalisation du système Egnos, sorte de mini-Galileo, qui sera opérationnel dès l’an prochain. Composé de trois satellites géo-stationnaires et d’un réseau de stations au sol, Egnos améliore et fiabilise le signal GPS. Il permet d’ores et déjà de développer de nouvelles applications. En attendant l’avènement de Galileo.

Les autres régions mises à contribution

Pour l’instant, le CEANS n’existe que sur le papier. Mais ses différentes composantes ont été suffisamment étudiées pour préfigurer l’envergure du projet. Une trentaine de chantiers, regroupés autour de six grandes composantes, allant du support technique au marketing, en passant par l’incubation. Ambitieux, le programme n’a pas encore été chiffré. Pour autant, comme le dit Richard Reclus, « les trente pilotes de chantier n’auront pas l’accent toulousain » . En clair, le Grand Toulouse cherche à fédérer toutes les synergies nationales.

Déjà, la Bretagne et les Pays de la Loire apportent conjointement leurs compétences pointues à la fois dans les télécoms et dans la navigation maritime. L’Auvergne se positionne sur l’aviation de tourisme. Et quelques autres régions de France proposent leurs compétences spécialisées. Soutenu par le gouvernement ­ une première enveloppe de 1,5 million d’euros est déjà attribuée ­, le CEANS est en contact avec deux groupements industriels, en lice pour l’obtention de la concession Galileo pour l’Europe. L’un est l’Inavsat, conduit par EADS et Thales. Et l’autre, Eurely, mené par Alcatel Space et l’Italien Finmeccanica.

Pour la Ville rose, il s’agit d’un nouvel axe de développement. « On nous attendait sur l’amont de Galileo. C’est-à-dire sur la technologie satellitaire en elle-même » , dit le chargé de développement. Championne de l’aéronautique, Toulouse accueille déjà tout ce qui se fait de mieux en France, voire en Europe, sur les satellites. Elle surprend donc aujourd’hui en se positionnant sur l’aval, les applications. « La collectivité territoriale joue là un de ses rôles fondamentaux : mobiliser les entreprises, grands industriels et PME, et donc favoriser l’emploi » , explique Bernard Keller, vice-président du Grand Toulouse en charge du CEANS.

Il faut admettre que les chiffres annoncés font rêver : plus de 140 000 emplois devraient être créés en Europe, et 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires générés annuellement. Les prévisions de marché et d’activité qui découleront du signal satellitaire justifient largement l’investissement. « Même si ce secteur n’en créait pas de nouveaux, le seul maintien des emplois actuels suffirait à nous mobiliser » , considère l’élu. Mais ce maintien, il faut le garantir à tout prix : les entreprises s’installeront là où sera implanté le centre névralgique de Galileo. Et, prévient Richard Reclus, « le boom annoncé sur le satellite est comparable à celui de la téléphonie mobile » .

Affranchir l’Europe des Etats-Unis

Encore faut-il démontrer aux PME que la navigation par satellite est bien autre chose que le GPS. Une véritable gageure, lorsqu’on s’adresse finalement à l’ensemble du tissu économique, et non pas aux seuls spécialistes de ces technologies. Conçu dans le souci d’affranchir l’Europe des Etats-Unis sur le plan stratégique, Galileo est un système élaboré par et pour les civils, contrairement au GPS militaire américain.

Or les Etats-Unis se réservent le droit de dégrader, voire d’interrompre le signal de ce dernier à tout moment. Et, surtout, sans crier gare. Impossible, donc, de continuer de dépendre d’eux. Sur le plan technique, le GPS montre des lacunes en termes de fiabilité. En particulier sous les latitudes hautes, ­ peu peuplées, mais traversées par de nombreuses lignes de transport aérien ­, ainsi qu’en zones urbaines. Et avec Galileo, la vraie révolution consiste justement en la garantie du signal. Celui-ci offre en outre une précision de l’ordre du mètre, voire de quelques centimètres, grâce à la structure de sa constellation de satellites et de son système de relais au sol.

Reste alors à traduire l’apport inégalable de cette garantie de service dans des applications concrètes. Et, sur ce terrain, Richard Reclus est intarissable. Surtout lorsqu’il discute avec Christian Carle, à la fois patron de Pôle Star, une PME innovante, président de Cecile, un regroupement de PME, et conseiller technique du Grand Toulouse. Tous deux se souviennent de ce jour terrible de septembre 2001.

« L’explosion de l’usine d’AZF s’est produite à 10 h 17. Jusqu’à 17 heures, toutes les communications étaient saturées. Une situation insoutenable pour les services d’urgence. » Des services de localisation et de positionnement satellitaire fiables auraient pu l’éviter. Galileo situera très précisément l’appel aux services d’urgence du E 112, en cours de mise en place pour toute l’Europe. Et confirmera à l’appelant que son message est reçu. Ce que ne fait pas le GPS. Un service fondamental, qu’apprécieront les professionnels de métiers à risque.

Premier bénéficiaire, le transport intelligent

Hormis les situations d’urgence, la localisation et sa garantie de fiabilité concernent tous les secteurs économiques et toutes les populations dans de très nombreux domaines. « Lorsque votre voiture tombe en panne au bord de l’autoroute, le GPS ne détermine pas de quel côté vous vous situez » , illustre à ce propos Christian Carle. Un défaut.

Sa correction partielle grâce à la précision du positionnement offerte par Galileo évite erreurs et pertes de temps. « Galileo fournira, par exemple, la possibilité technique de faire passer un feu au vert lorsqu’un bus arrive, sans qu’il soit nécessaire de développer à bord une électronique complexe. »

Les applications sont multiples. Mais c’est sans conteste le domaine dit des « transports intelligents » qui bénéficiera avant tout des apports de Galileo : suivi des avions durant toutes les phases de vol, guidage des drones (petits avions télécommandés), informations de trafic en temps réel sur la route comme dans les transports en commun, suivi de véhicule volé, navigation maritime, trafic ferroviaire...

Pas étonnant, dans cette perspective, que le ministère des Transports ait pris le sujet à bras-le-corps. « Nous avons toujours soutenu la vision européenne : nous ne voulons plus être dépendants du GPS » , dit Robert Pagny, chargé de mission Galileo au ministère, qui défend la France auprès des instances européennes. Les faits marquants

1995

Mise en oeuvre du programme Egnos, une amélioration du GPS, à Toulouse.

Début 2002

La Commission européenne décide d’initier le programme Galileo.

2002

Lancement dans le Grand Toulouse de l’étude du projet CEANS (Centre européen des applications de la navigation par satellite).

Début 2005

Désignation par la Commission européenne du concessionnaire privé qui opérera Galileo.

Début 2005

Production des premiers services opérationnels d’Egnos.

Fin 2005-début 2006

Mise en orbite de deux satellites expérimentaux Galileo.

2008-2010

Naissance de la constellation de trente satellites Galileo.


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