mercredi 13 décembre 2017

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Alcatel-Lucent, grandes manoeuvres autour des satellites

Sylvestre Huet, Libération

mercredi 5 avril 2006, sélectionné par Spyworld

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Alcatel est l’un des poids lourds européens sur le marché des satellites• Après la fusion avec la compagnie américaine, de nombreuses questions se posent quant au développement de l’activité.

La fusion Alcatel/Lucent comporte un os... ou une opportunité pour les satellites. Car Alcatel est aussi l’un des poids lourds européens sur le marché des engins spatiaux pour les télécommunications, l’observation militaire et la science, au travers de sa filiale Alcatel Alenia Space. L’avenir d’Alcatel concerne donc aussi EADS, dont la filiale Astrium se partage moitié/moitié avec Alcatel Alenia Space la construction de satellites en Europe. Verra-t-on un "Airbus des satellites ?" Depuis plusieurs années, cette idée, mariant les deux filiales, revient dans les discussions entre industriels. Mais également du côté des pouvoirs publics qui soutiennent cette activité stratégique. L’Agence spatiale européenne ou le Cnes (l’agence spatiale française) financent ainsi des satellites expérimentaux de télécoms (Alphabus pour Alcatel) dont le seul objectif est de doper la Recherche et le Développement industriels face aux concurrents américains. C’est l’enjeu économique principal, puisque ces satcoms représentent plus de 80% des satellites. Les satellites militaires, s’ils sont peu nombreux, ne peuvent échapper à une logique de contrôle étatique. Les militaires français communiquent avec les satellites d’Alcatel Syracuse et observent avec Helios (Astrium... et Alcatel pour le télescope optique). Les militaires italiens se préparent à observer en radar avec Cosmo-Skymed, deux programmes d’Alcatel. Les militaires allemands vont utiliser les satellites radar Sarluppe (Alcatel). Les militaires britanniques communiquent via les Skynet (Astrium)... Sur ces sujets, la notion de marché n’a pas vraiment de sens et la commande publique détermine l’activité des industriels. Plus encore, l’accès à l’indépendance européenne en matière de radionavigation - le futur système Galileo qui va donner à l’Europe la clef d’un équivalent du GPS sous contrôle du Pentagone - repose sur l’existence d’industriels capables de maîtriser ces technologies délicates. Du côtés des satellites scientifiques - observation de la Terre, météorologie, missions interplanétaires, télescopes spatiaux - la réussite des deux industriels est évidente. Les succès des scientifiques européens sur Mars, Titan, bientôt Venus (arrivée de Vénus Express le 11 avril), les télescopes spatiaux, la surveillance de l’environnement (Envisat), des océans (Jason) sont à mettre aussi à leur crédit. Mais là aussi, la compétition est vive avec les Etats-Unis. Patricia Russo et Serge Tchuruk envisagent de transférer l’activité satellite d’Alcatel à Thalès, dont l’Etat français contrôle plus de 30% du capital. Sauf qu’EADS, dont le PDG Noël Forgeard est très proche de Jacques Chirac, a enclenché les grandes manœuvres, avec le soutien de l’Elysée, pour obtenir directement le mariage avec Astrium, en espérant récupérer le bébé... et Thalès avec. Cette fusion présenterait un intérêt certain pour le contribuable français et, peut-être, la construction européenne. Face au duo Astrium/Alcatel Space, les Agences spatiales ont toujours dû, sous pression politique, distribuer les soutiens et les satellites gouvernementaux (scientifiques et militaires) des deux côtés. Une politique de riches - celle que mènent les Etats-Unis qui croient à la vertu de la concurrence - qui se heurte à la faiblesse des crédits spatiaux civils et surtout militaires de l’Europe si on les compare à l’effort américain. Surtout que rien ne laisse penser que ces crédits doivent augmenter dans les années à venir. Si la fusion à trois risque de poser dans l’immédiat des problèmes sociaux - elle pourrait être utilisée pour contracter les effectifs - le regroupement des efforts et des compétences semble plutôt une bonne idée. Gain d’argent mais aussi mise en lumière du potentiel européen en satellites à des fins de sécurité civile et militaire dès lors que les efforts sont rassemblés, alors que les coopérations dans le domaine militaire ne dépassent pas les accords bilatéraux. Cette idée st-elle compatible avec les egos des dirigeants des deux sociétés - assez développés ? Réponse dans quelques jours.


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