samedi 16 décembre 2017

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Déstabilisation de Matra par Thomson dans les années 1990 : non-lieu requis

Le Monde

mercredi 2 février 2005, sélectionné par Spyworld

Selon le parquet de Paris, les éléments d’une tentative d’extorsion de fonds, datant de l’époque de la fusion entre Matra et Hachette, n’apparaissent pas suffisamment constitués dans le dossier. On a appris mardi 1er févier que le parquet souligne aussi que Matra, par sa taille, avait la possibilité de faire face à une tentative de déstabilisation. C’est à la juge d’instruction de suivre ces réquisitions ou d’ordonner le renvoi devant le tribunal correctionnel.

L’affaire de la tentative de déstabilisation de Matra-Hachette par Thomson au milieu des années 1990, dans laquelle l’ancien PDG de Thomson, Alain Gomez, est mis en examen, pourrait ne jamais être examinée par un tribunal, le parquet de Paris ayant requis jeudi 27 janvier un non-lieu général.

La justice enquête depuis 1996 sur cette opération présumée de déstabilisation commanditée par Thomson-CSF (devenu Thalès) et visant son concurrent, l’équipementier de défense Matra, au moment de la fusion entre ce dernier et l’éditeur Hachette, qui avait donné naissance au groupe Lagardère.

Dans ses réquisitions, le parquet de Paris estime que les éléments constitutifs d’une tentative d’extorsion de fonds, la qualification pénale retenue dans cette enquête, n’apparaissent pas suffisamment constitués dans le dossier, a-t-on appris mardi 1er février de sources proches du dossier.

ACCUSATION DE CHANTAGE AU MOMENT DE LA FUSION

Parmi les neuf personnes poursuivies figurent l’ancien PDG de Thomson entre 1982 et 1996, Alain Gomez, mis en examen en juin 2001 pour "complicité de tentative d’extorsion de fonds et abus de bien sociaux", tout comme l’ex-secrétaire général de Thomson, Pierre Cabanes, et Olivier Lambert, ex-directeur juridique.

Un avocat d’affaires américain d’origine taïwanaise, William Lee, qui était en relation directe avec la direction de Thomson à l’époque, est au cœur de cette enquête.

La justice le soupçonne d’avoir incité un groupe d’actionnaires minoritaires de Matra, dirigé par Jean-Pierre Malen, également poursuivi, à contester la fusion Matra-Hachette. Selon eux, les actions de Matra avaient été sous-évaluées par la dissimulation d’un contrat de vente de missiles Mica à Taïwan (14 milliards de francs). La justice leur donnera tort.

Dans le même temps, William Lee multiplie discrètement auprès de Matra les offres de désistement de ces procédures en contrepartie de 144 millions de francs (22 millions d’euros) au plus fort des tractations.

Le piège est tendu : soit Matra paye et reconnaît implicitement que les conditions de fusion avec Hachette étaient litigieuses, soit le groupe de Jean-Luc Lagardère refuse mais il prend alors le risque de voir prospérer l’opération de déstabilisation présumée mise en place.

Lagardère a refusé les offres de Lee et déposé plainte en 1996. Baptisée "Couper les ailes de l’oiseau", l’opération de déstabilisation s’inscrivait dans un contexte de concurrence féroce entre les deux groupes.

"COUPER LES AILES DE L’OISEAU"

Ainsi, en septembre 1994, la direction de Matra reçoit un projet de lettre destinée aux autorités taïwanaises et menaçant de dénoncer plusieurs contrats d’armement dont celui des missiles Mica, passé en décembre 1992.

Au cours de l’instruction, Arnaud Lagardère affirmera : "Le danger était extrêmement sérieux pour notre groupe. Huit milliards de francs étaient en jeu".

Dans son réquisitoire définitif, le parquet rappelle toutefois que le groupe Matra, "rompu aux affaires", "entouré de conseils de haut niveau" et bénéficiant, s’agissant de contrats d’armement, de l’appui des pouvoirs publics, avait la possibilité de faire face à cette tentative de déstabilisation.

Selon le parquet, seule "la qualification extra-pénale" de tentative de déstabilisation de Matra-Hachette visant à nuire aux intérêt du groupe correspond aux faits visés dans la plainte initiale.

Il revient à présent à la juge d’instruction Dominique de Talancé de suivre les réquisitions du parquet ou au contraire de passer outre et d’ordonner le renvoi de tout ou partie des mis en examen devant le tribunal correctionnel.

Avec AFP


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