vendredi 15 décembre 2017

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Sept vols de la CIA auraient transité par la France

Natalie Nougayrède et Piotr Smolar, le Monde

dimanche 16 avril 2006, sélectionné par Spyworld

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Le nombre de vols secrets de la CIA (Agence centrale de renseignement américaine) passés par la France pourrait être revu à la hausse, de deux à sept. Dans un courrier daté du 11 avril et adressé au procureur de Bobigny - seul habilité à ouvrir une information judiciaire -, l’avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Me Patrick Baudouin, attire l’attention du magistrat sur de nouveaux éléments. Me Baudouin les a puisés dans les conclusions d’un rapport de l’organisation Amnesty International, rendu public le 5 avril.

Intitulé "Etats-Unis, hors de portée du radar : vols secrets, torture et disparition", ce rapport dénonce notamment l’utilisation par les Etats-Unis, au nom de la lutte antiterroriste, de compagnies privées de transport aérien comme sociétés écrans pour transférer secrètement des suspects d’un lieu de détention à un autre. Concernant la France, ce rapport indique qu’un avion Gulfstream IV se serait posé quatre fois sur l’aéroport français du Bourget. D’autre part, un avion Gulfstream III aurait fait escale à deux reprises dans ce même aéroport.

"Cette information rend encore plus improbable que les autorités politiques et administratives françaises (y compris celle de la sécurité de l’aviation civile) aient pu ignorer les vols d’avion concernés", souligne Me Baudouin dans son courrier. Au total, Amnesty a recensé près d’un millier de vols (ayant fait escale dans une trentaine de pays) directement liés à la CIA, et près de 600 autres gérés par des sociétés auxquelles faisait appel la CIA de façon irrégulière.

Pour ce qui est des vols de la CIA en France, le procureur de Bobigny, Francis Molins, a choisi de demeurer, pour l’heure, dans le cadre d’une enquête préliminaire. Celle-ci a été ouverte après le dépôt d’une plainte, le 21 décembre 2005, par la FIDH et la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen (LDH) visant des faits de "détentions arbitraires, séquestrations, tortures, et de violations de la troisième convention de Genève sur le sort des prisonniers de guerre".

La plainte mettait en cause le degré d’information dont bénéficiaient les autorités françaises au moment du passage de deux appareils sur le territoire. Le premier s’était posé sur l’aéroport de Brest le 31 mars 2002, le second, le 20 juillet 2005, sur celui du Bourget, près de Paris.

"Les nouvelles informations fournies par Amnesty justifient d’autant plus l’ouverture d’une information judiciaire, explique Me Baudouin au Monde. Si un juge était désigné, il pourrait utiliser ses pouvoirs d’investigation pour se tourner vers les pays d’origine et de destination de ces vols secrets. Ce n’est pas possible à l’heure actuelle."

TÉMOIGNAGES DE TROIS "DISPARUS"

Le rapport d’Amnesty apporte en outre des éléments appuyant les informations publiées en novembre 2005 par le Washington Post, selon lequel des personnes soupçonnées de liens avec Al-Qaida ont été détenues par la CIA dans des sites secrets en Europe de l’Est. Les enquêteurs d’Amnesty International se sont entretenus au Yémen avec trois hommes qui avaient "disparu" en 2003 en Jordanie et en Tanzanie, puis s’étaient retrouvés jusqu’en mai 2005 dans un "réseau clandestin de prisons administrées par les Etats-Unis et dispersées dans le monde entier". Ils ont raconté avoir été séquestrés pendant treize mois, d’avril 2004 à mai 2005, dans un "établissement de sécurité maximale" dont la description, selon Amnesty, laisse penser qu’il était situé en Europe de l’Est.

Les trois hommes, de citoyenneté yéménite, n’étaient pas autorisés à regarder à l’extérieur du bâtiment où ils étaient confinés. Les étiquettes des produits alimentaires qui leur étaient fournis étaient enlevées. Ramenés par avion au Yémen en mai 2005, ils ont été condamnés pour usage de faux documents, puis remis en liberté en février 2006.

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davies, a déclaré, le 12 avril, qu’un pays membre de cette organisation avait formellement reconnu que, sur son territoire, des personnes avaient été "remises à des agents étrangers" en violation de la convention européenne des droits de l’homme. Le nom de ce pays n’a pas été révélé. Le sénateur suisse Dick Marty, chargé par le Conseil de l’Europe d’enquêter sur les vols de la CIA, doit rendre son rapport en juin.


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