dimanche 22 octobre 2017

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Perquisitions chez le général Philippe Rondot

Eric Découty, le Figaro

dimanche 16 avril 2006, sélectionné par Spyworld

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L’apparition de cet as du renseignement dans le dossier, sans que rien ne prouve son implication, relance les spéculations.

L’AFFAIRE dite « du corbeau », apparue en marge de l’enquête judiciaire sur la vente de frégates à Taïwan, vient de connaître un rebondissement.

Des perquisitions ont eu lieu en fin de semaine dernière au domicile parisien et dans la résidence secondaire du général Philippe Rondot. Agé de 69 ans, cet homme de l’om bre était jusqu’au 31 décembre 2005 « conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales » du ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.

Philippe Rondot a réussi le tour de force de travailler à la fois pour la DST et à la DGSE, les deux services rivaux, mais également de conseiller différents ministres de la Défense, qu’ils soient de droite ou de gauche. Principal acteur de l’arrestation du terroriste Carlos en 1994 au Soudan, il avait su traverser les alternances politiques. Il est décrit comme proche de l’Elysée et du premier ministre, Dominique de Villepin.

L’irruption de Philippe Rondot dans la procédure judiciaire relative au corbeau pose un certain nombre de questions. Toutefois, rien n’indique que le militaire y soit impliqué. L’histoire commence à l’été 2004 avec des dénonciations anonymes de bénéficiaires de commissions occultes sur le marché des frégates de Taïwan via la chambre de compensation financière luxembourgeoise, Clearstream. Les courriers et cédéroms qui sont alors adressés au juge Van Ruymbeke désignent des chefs d’entreprise mais également des personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy.

Violente polémique

Le magistrat s’aperçoit assez rapidement que ces dénonciations sont sans aucun fondement. Mais simultanément, une violente polémique éclate autour de l’identité du corbeau, ou de ses comman ditaires, sur fond de querelle de succession chez le constructeur aéronautique EADS et de rivalité poli tique entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. L’un soupçonne l’autre d’être mêlé à une opération de déstabilisation. C’est dans ce contexte de chausse-trapes, d’informations et de démentis qu’une enquête judiciaire, confiée au juge Jean-Marie d’Huy, est ouverte visant à identifier le délateur. Deux hommes sont désignés : Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS, et Imad Lahoud, un informaticien. Dans la presse puis face au magistrat, qui les a entendus comme témoins, les deux hommes ont nié toute implication. Alors que le secret défense couvre certains documents saisis, l’enquête semblait s’enliser. Et rien ne dit que les perquisitions chez le général Rondot, qui surviennent après celle diligentée au siège d’EADS à Suresnes, permettront de la relancer.

De son côté, Nicolas Sarkozy, qui s’est constitué partie civile dans le dossier, devait être entendu vendredi dernier par le juge d’Huy. Mais ce dernier a subitement annulé le rendez-vous, invoquant un problème d’agenda.

Me Thierry Herzog, avocat du ministre, qui n’a pas souhaité faire de commentaires au Figaro, a aussitôt écrit au magistrat pour lui demander une nouvelle date « compatible avec l’emploi du temps du ministre, dont vous pouvez imaginer qu’il est, comme le vôtre, extrêmement chargé et contraignant ».


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