mercredi 13 décembre 2017

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Espionnage : Thales aux prises avec la justice sud-coréenne

Michel Temman, Libération

jeudi 20 avril 2006, sélectionné par Spyworld

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Détenu, puis libéré, un responsable du groupe français à Séoul attend d’être jugé.

Bernard Favre d’Echallens, président de la filiale sud-coréenne du groupe français Thales (ex-Thomson CSF), leader européen de l’électronique civile et militaire, est sorti de prison samedi. Le procureur coréen a consenti à libérer le Français de 65 ans moyennant une caution. Mais, si Bernard Favre a pu quitter la cellule où il était depuis un mois, à Daejon, il reste assigné dans cette ville dans un lieu tenu secret et sous bonne garde policière.

L’homme d’affaires a été inculpé le 21 mars pour « atteinte à la sécurité nationale ». Les autorités coréennes l’accusent d’extorsion de documents confidentiels de l’Agence de développement pour la défense, organisme gouvernemental chargé, entre autres, du développement de systèmes radar des navires de guerre sud-coréens de nouvelle génération. Il encourt quinze ans de prison. Jeudi, au tribunal, selon l’agence Yonhap, il a nié s’être procuré des documents classés sur le système de radar de la marine sud-coréenne. Côté français, on argue que ce dont on accuse le Français est ni plus ni moins, dans son business (la vente de matériel militaire), qu’une « activité ordinaire ».

Prospérité. Ironie du sort, l’affaire se produit dans un Etat où le business du groupe Thales prospère allégrement. Le parrain coréen de Thales, la coentreprise Samsung Thales (1 200 employés), née en 2000 d’une alliance entre les deux groupes, affiche une santé insolente. Devenu un des premiers constructeurs d’équipements militaires en Corée du Sud, Samsung Thales fournit des systèmes de communication, de radars, des systèmes électro-optiques et de combat naval. Cette collaboration remonte à 1978, quand Coréens et Français ont commencé à produire ensemble des systèmes optiques ultrasophistiqués « jour-nuit », des capteurs laser et des systèmes d’artillerie. Les déboires coréens de Thales n’inquiètent d’ailleurs pas les dirigeants de la coentreprise. « Notre objectif reste le même : devenir un des tout premiers leaders mondiaux en matière d’intégration de systèmes militaires », ambitionne-t-on au siège du groupe à Séoul.

Gravité. Les bonnes affaires de Thales en Corée aideront-elles Bernard Favre à reprendre plus vite l’avion pour Paris ? « La justice coréenne semble désireuse de ne pas laisser traîner l’affaire. La procédure pourrait être accélérée. Il n’est pas impossible que le jugement soit rendu dès avril ou mai », commente une source, qui, comme tous sur ce dossier, préfère garder l’anonymat. Mais l’accusation portée contre Bernard Favre est, selon les juges coréens, d’une « gravité extrême ». Selon un proche du dossier, « la procédure est entrée dans une phase critique ». D’autant qu’au même moment les juges de Séoul ont lancé une vaste opération « mains propres ». « Les affaires éclatent l’une après l’autre. Il y a un mois, le Premier ministre, Lee Hae-chan, a été contraint à la démission pour une partie de golf aux côtés d’un industriel en délicatesse avec la justice. Quant à Lee Kun-hee, fondateur de Samsung et allié de Thales sur le marché de la défense, il se débat dans une enquête criminelle liée à son plan de succession. » Commentaire d’un homme du sérail à Séoul : « Pas étonnant, dans l’affaire Thales, que le parquet coréen montre l’exemple et diligente de la façon la plus dure. Une fois l’orage passé, viendra probablement le temps de la conciliation. »


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