jeudi 14 décembre 2017

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Un rapport du Parlement européen accable la CIA

Reuters

mercredi 26 avril 2006, sélectionné par Spyworld

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La CIA a enlevé des suspects de terrorisme sur le territoire de l’Union européenne avec la complicité passive de ses Etats membres et les a envoyés dans des pays où ils ont été torturés, peut-on lire dans le rapport d’une commission d’enquête du Parlement européen.

Ce projet de rapport, qui fait le point sur les travaux de la commission jusqu’à aujourd’hui, confirme les accusations qui ont suivi la révélation, en novembre dernier par le Washington Post, des pratiques des services secrets américains. "La CIA a été, à plusieurs reprises, clairement responsable de l’enlèvement et de la détention illégaux de terroristes allégués sur le territoire des Etats membres ainsi que de restitutions extraordinaires", explique dans son texte le rapporteur Claudio Fava, un socialiste italien. Le terme "restitutions extraordinaires" couvre la "livraison" des prisonniers à des pays où la torture a été utilisée pour tenter de leur extorquer des renseignements ou leur interrogatoire dans des bases de la CIA en Europe. Fava juge également "invraisemblable (...) que certains gouvernements européens n’avaient pas connaissance des activités de restitution extraordinaire qui avaient lieu sur leur territoire et dans leur espace aérien ou leurs aéroports". L’Italie, la Suède, l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Irlande, mais aussi les pays de l’Est, sont visés dans ce texte qui arrive aux mêmes conclusions qu’un rapport du Conseil de l’Europe, institution basée à Strasbourg. Le projet de rapport, qui pourrait donner naissance en juillet prochain à une résolution du Parlement condamnant certains gouvernements européens pour leurs manquements aux conventions internationales, se base sur de nombreuses auditions d’ex-captifs de la CIA ou de responsables gouvernementaux. "GROUPES ORGANISÉS" "Nous sommes persuadés qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés", a expliqué Fava lors d’une conférence de presse. "Il s’agit de groupes organisés qui ont agi à plusieurs reprises en plusieurs lieux du territoire européen." Deux avions affrétés par la CIA et qui ont servi à transporter les prisonniers ont fait des escales déroutantes et multiples - Fava parle de plus de 1.000 vols - qui auraient dû mettre la puce à l’oreille des autorités aéroportuaires. Mais seule l’Espagne a demandé des explications. L’Ouzbékistan a, selon les témoins qui ont déposé devant la commission d’enquête, dont l’ex-ambassadeur britannique sur place, servi de centre de torture d’islamistes présumés après la destruction des tours jumelles de New York le 11 septembre 2001. Selon Fava, sept ambassadeurs européens à Tachkent étaient au courant mais aucun n’a mené de démarche particulière. Le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, savait quant à lui que les prisonniers de la CIA étaient torturés dans ce pays mais s’est réfugié derrière le fait que les services britanniques n’étaient pas impliqués et se contentaient de se servir des informations obtenues par ce biais. Des personnes ont été détenues pendant des années à Sarajevo sans jugement et, quand il n’a plus été possible de les y garder, elles ont été transférées vers la base américaine de Guantanamo, une zone de non-droit sur l’île de Cuba. L’Italie, où le ressortissant italien Abou Omar a été enlevé selon le parquet de Milan, est mise sur la sellette. "Il est difficile de croire que les autorités italiennes n’étaient pas au courant que l’enlèvement de l’imam était planifié depuis plusieurs mois", a estimé Fava. Quant aux 300 kilos de glace commandés pour un avion de la CIA à l’aéroport de Palma de Majorque pour "rafraîchir les boissons", Fava se demande à quoi ils ont bien pu servir.


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