mardi 12 décembre 2017

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Washington s’expliquera auprès d’envoyés du Parlement européen sur les vols de la CIA

Rafaële Rivais et Jean-Pierre Stroobants, le Monde

vendredi 5 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Alberto Gonzales, ministre américain de la justice, a indiqué à Vienne, jeudi 4 mai, que Washington entendait informer les Européens sur l’affaire des vols affrétés par la CIA. Ils disposeront de "toutes les informations en conformité avec la sécurité nationale", a assuré M. Gonzales. Une délégation de la commission d’enquête du Parlement européen sera reçue "dans un cadre non formel", du 8 au 12 mai, a-t-il ajouté.

John Bellinger, conseiller juridique du département d’Etat, a, lui, séjourné à Bruxelles, les 3 et 4 mai, pour tenter de convaincre l’UE et les partenaires de Washington à l’OTAN que les allégations concernant ces vols, qui auraient assuré des "restitutions extraordinaires" - l’envoi de suspects dans des Etats tiers, où ils seraient interrogés, voire torturés -, étaient fausses.

M. Bellinger a expliqué au Monde qu’il "ignorait les faits permettant d’affirmer que 1 000 opérations de ce type auraient eu lieu", ainsi que l’a affirmé une commission d’enquête du Parlement européen sur la CIA, le 28 avril. Et il a ajouté : "Les insinuations selon lesquelles ces vols auraient transporté des détenus ou auraient été la concrétisation d’activités illégales est simplement absurde. La plupart des éléments sur lesquels sont basées ces affirmations sont erronés."

Jeudi, Claudio Fava, rapporteur de la commission d’enquête du Parlement européen, a réitéré ses accusations. "Nous avons établi ce décompte à partir, notamment, des données confidentielles d’Eurocontrol", a rappelé le député socialiste italien.

M. Fava a aussi évoqué une enquête récemment diligentée en Macédoine pour vérifier le témoignage de Khaled Al-Masri. Cet Allemand d’origine libanaise dit avoir été séquestré dans un hôtel de Skopje, puis envoyé en Afghanistan, où il aurait été torturé.

Les autorités macédoniennes ont, pour la première fois, reconnu qu’il a séjourné à Skopje, du 31 décembre 2003 au 23 janvier 2004. Il aurait payé son hôtel en liquide. Le directeur était absent, le personnel avait été remplacé, a relevé l’eurodéputée Sylvia-Yvonne Kaufmann (communiste allemande), observant que "l’hôtel se trouve à proximité de l’ambassade des Etats-Unis, à laquelle il est relié par une cour intérieure".

M. Bellinger conduira la délégation chargée, à Genève, à partir du vendredi 5 mai, de défendre les pratiques américaines face à la commission des Nations unies sur la torture. Il a affirmé, à Bruxelles, qu’il jugeait "totalement inacceptable" la torture, mais qu’il contestait le caractère illégal du principe de "restitution". Manfred Nowak, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, a déclaré, jeudi, que les "restitutions extraordinaires" étaient "certainement illégales".

M. Bellinger refuse de commenter les affirmations sur l’implication directe de certains Etats (Suède, Italie...) dans des opérations litigieuses. Selon lui, les vols incriminés prouvent seulement que la coopération entre services américains et européens dans le renseignement et la prévention d’attentats a été "performante". Elle pourrait cependant être menacée si la polémique se poursuit, juge-t-il.


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