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La démission surprise du chef de la CIA met en lumière la crise du renseignement aux Etats-Unis

Eric Leser, le Monde

samedi 6 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Nommé directeur de la CIA en septembre 2004 pour reprendre en main l’Agence centrale de renseignement américaine, Porter Goss, à la surprise générale, a annoncé sa démission vendredi 5 mai. Plus inhabituel encore, aucune explication n’a été donnée. Dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, M. Goss a prononcé trois phrases et déclaré croire "honnêtement que nous avons fait d’importants progrès". George Bush l’a remercié sobrement et l’a présenté comme un homme de "transition".

Selon des sources anonymes, le directeur du renseignement, John Negroponte, qui coiffe les seize agences de renseignement américaines, aurait exigé le départ du directeur de la CIA. Le nom de son successeur devrait être annoncé dans les prochains jours. Il aura pour mission urgente de remonter le moral de l’Agence, au plus bas, et de mettre fin à l’hémorragie d’agents expérimentés. La semaine dernière, la représentante (députée) démocrate Jane Harman, de la commission du renseignement, avait fait part de son inquiétude. "La réforme des services de renseignement traîne en longueur, et la CIA est en chute libre", avait-elle déclaré. Pour l’ex-espionne Melissa Boyle Mahle, "Goss avait bien une vision, mais, à cause de ses méthodes de direction, il a été incapable de trouver des alliés au sein de la maison".

La CIA est en crise et ne s’est toujours pas remise de deux échecs parmi les plus cuisants de son histoire. Elle a été incapable d’empêcher les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et elle s’est lourdement trompée sur la question des armes de destruction massives prétendument détenues par le régime de Saddam Hussein. En juin 2004, la commission du renseignement du Sénat a publié un rapport dévastateur sur les informations ayant mené à la guerre en Irak. "Les renseignements étaient faux. Ils étaient excessifs et n’étaient généralement pas basés sur des faits. La plupart des problèmes proviennent d’une culture défaillante et de la faiblesse de la direction de la CIA", y était-il écrit. Un mois plus tard, la commission d’enquête sur le 11-Septembre démontrait, en 567 pages, qu’"entre 1998 et 2001, rien n’est venu perturber les préparatifs des attentats par Al-Qaida". Juste avant la publication de ces rapports, George Tenet, directeur de la CIA depuis 1997, nommé par Bill Clinton, avait démissionné. Son successeur, Porter Goss, ancien espion et président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, semblait l’homme de la situation.

Mais la réorganisation, brutale, s’est mal passée. Les agents les plus chevronnés et la hiérarchie ont eu le sentiment de faire l’objet d’une "chasse aux sorcières" politique. Certains ont accusé la Maison Blanche de vouloir leur faire porter l’entière responsabilité des errements de l’Agence sur les armes de destruction massive irakiennes, les prisons secrètes et même l’usage de la torture. James Pavitt, ancien directeur adjoint du service action, a souligné, après avoir démissionné en 2005, n’avoir jamais vu, en trente ans de carrière, une telle "animosité" entre l’Agence et le gouvernement.

John McLaughlin, numéro deux qui a assuré l’intérim après la démission de George Tenet, est vite parti pour raisons "personnelles". Il avait prévenu Porter Goss que l’atmosphère devenait insupportable. L’Agence a connu plus de 300 départs en moins de deux ans. Le poste de responsable de l’Europe a changé deux fois, comme celui de chef adjoint de la direction des opérations, le service le plus puissant, dont les 1 200 agents mènent les actions clandestines dans le monde. Il y a trois semaines, une analyste expérimentée, Mary McCarthy, a été renvoyée pour avoir transmis des informations confidentielles à la presse sur les prisons secrètes. Cela n’était pas arrivé depuis des décennies.

Pour John Brennan, ex-directeur du Centre national contre le terrorisme, "le désarroi de la communauté du renseignement met notre sécurité en danger". Opinion partagée par le sénateur républicain John McCain. Il a fait remarquer, il y a quelques jours, que les Etats-Unis n’en savent guère plus aujourd’hui sur l’Iran et la Corée du Nord qu’il y a dix ans.


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