mercredi 18 octobre 2017

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Les fichiers de la NSA

Vincent Jauvert, Nouvel Observateur

vendredi 12 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Ces nouvelles révélations sur l’existence de fichiers fournis par les opérateurs téléphoniques à la NSA sont-elles surprenantes ?

- Si ces transmissions de fichiers ont été autorisées par la justice américaine, cela ne me choque pas plus que ça. Par contre, dans le cas contraire, cela devient beaucoup plus embêtant pour la NSA qui aurait alors de toute évidence violé la loi. Je me souviens que peu après le 11 septembre 2001, George W. Bush avait déclaré : "Je dirai tout mais toute la vérité". Cette déclaration montrait que cette administration était prête à aller très loin, aux frontières de l’Etat de droit. Toutes ces affaires ont un côté très "Big Brother" et font beaucoup penser à l’ambiance qui régnait aux Etats Unis dans les années 60 sous la présidence Nixon, lorsque les Américains, en pleine guerre du Vietnam, étaient obnubilés par ce fameux "ennemi intérieur".

Selon la presse américaine, ces relevés étaient collectés pour surveiller les communications d’éventuels membres d’Al Qaïda. Quelles pourraient en être les utilisations détournées ? Ces fichiers pourraient-ils être échangés par les Etats-Unis avec d’autres pays, par exemple la France ?

- Oui, ça serait possible, mais peu probable, même si des liens très forts existent entre les différents services. Ce qui serait plus classique pour les services de renseignements serait tout simplement l’espionnage dans le but de récupérer les fichiers des opérateurs français. Il faut souligner qu’aux Etats-Unis les écoutes sont beaucoup moins nombreuses qu’en France et y sont beaucoup plus contrôlées. La loi américaine interdit ainsi d’écouter tout citoyen américain sans autorisation de la justice. L’image d’un gouvernement américain surveillant les moindres faits et gestes de ses citoyens est totalement fausse. Par exemple, en France il n’y a aucune loi régissant les communications par satellite. Donc si un Français passe un coup de fil dans les DOM-TOM avec un téléphone satellitaire, la DGSE peut très bien intercepter cette appel. Par contre, ce qui est beaucoup plus développé aux Etats-Unis, c’est le commerce de fichiers qui est là-bas gigantesque. En toute légalité, des entreprises se sont spécialisées dans la collecte et le croisement d’informations et revendent ces fichiers portant sur quantité de personnes. Si on ajoute à ces fichiers individualisés les appels passées par ces personnes, on arrive effectivement à quelque chose d’assez inquiétant. Ce qui est le plus dangereux, c’est donc l’ensemble de ce dispositif de croisement de fichiers, d’autant plus qu’il n’existe pas aux Etats Unis d’équivalent de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) française.

Quelle est l’influence de ce type de révélations sur la popularité de George W. Bush ?

- Les Américains ont tendance à se méfier beaucoup plus de l’Etat que les Européens. Ils ne supportent pas l’idée qu’une administration puisse les surveiller et entraver leurs libertés individuelles. De plus, le mensonge les insupporte. Tous ces scandales ont d’ailleurs eu une forte influence sur l’image de George W. Bush qui a fait une chute vertigineuse dans les sondages ces derniers mois. Il est actuellement le président américain le moins populaire depuis Nixon. Même si ces nouvelles révélations ne sont pas à elles seules une catastrophe, elles peuvent être la goûte d’eau qui fait déborder le vase. Mais George W. Bush n’est pas le président ayant fait le plus dans ce domaine. Nixon à l’époque de la guerre du Vietnam était allé encore plus loin. D’autant plus qu’à l’époque il n’existait pas de commission parlementaire de contrôle des services de renseignements. On peut toutefois remarquer un point commun entre ces deux administrations : leurs dérives ont la même cause, la guerre qui fait croire que l’on peut tout faire au nom de la raison d’Etat.

Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux (le vendredi 12 mai 2006)


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