mercredi 18 octobre 2017

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Des journalistes allemands espionnaient... des journalistes

Pierre Bocev, le Figaro

lundi 15 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Le BND, chargé de la sécurité extérieure, semble avoir recruté des journalistes pour espionner des confrères dérangeants.

ANNIVERSAIRE GÂCHÉ. Le service de renseignements extérieurs allemand BND fête ses 50 ans, une célébration déjà peu ou prou ternie par la création d’une commission d’enquête du Bundestag pour examiner son action à Bagdad pendant la guerre. De plus, il se trouve depuis plusieurs jours au centre d’un scandale retentissant pour avoir recruté des journalistes allemands. L’affaire est jugée suffisamment sérieuse par le gouvernement pour que son porte-parole explique que la coalition d’Angela Merkel a l’intention de « sévir » si les accusations devaient se confirmer.

Quelques éléments étaient connus depuis des mois, lorsque des journaux ont révélé que le BND avait placé sous surveillance, dix ans plus tôt, Erich Schmidt-Eenboom, un chercheur qui venait de publier en 1993 un livre embarrassant sur certaines pratiques douteuses des services. Dans l’espoir d’identifier l’origine des fuites, l’auteur de l’ouvrage avait été observé et suivi, ses poubelles fouillées à la recherche d’hypothétiques preuves et les journalistes qui lui rendaient visite passés eux aussi au crible « jusque dans les supermarchés ». L’an dernier, en pleine période de formation du nouveau gouvernement, l’attention était vite retombée : August Hanning, qui était alors président du BND et a depuis été nommé secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur, avait rencontré les cibles des filatures intempestives et admis des « erreurs ».

Mais l’organe de contrôle du Bundestag chargé des services spéciaux, le PKG, avait commandité une enquête et c’est ce texte, de la plume d’un magistrat à la retraite, qui met maintenant le feu aux poudres.

« Pratiques illégales »

Il en ressort, selon une noria de fuites dans la presse, non seulement que le BND avait surveillé une série de journalistes, mais qu’il en a également recruté plusieurs pour espionner leurs propres confrères. Des « pratiques illégales », explique Gerhard Schäfer, l’auteur du rapport, qui portent « atteinte à la liberté de la presse ». Et qui se sont poursuivies, dans un cas au moins, jusqu’en octobre de l’année dernière alors que tout le monde pensait avoir affaire à de l’histoire ancienne.

Là aussi, et depuis longtemps, le BND souhaitait identifier les auteurs d’indiscrétions au sein de sa propre organisation. Et il était manifestement prêt à mettre la main à la poche. Emargeant sous le pseudonyme de « Dali », puis de « Silencieux », Wilhelm Dietl, un ancien pigiste de l’hebdomadaire Focus entre-temps licencié, aurait ainsi touché entre août 1982 et septembre 1998 quelque 653 000 marks soit 325 000 euros en échange de la bagatelle de 856 rapports. La curiosité du BND se concentrait sur Focus et Der Spiegel, mais aussi sur de grands quotidiens, comme le Süddeutsche Zeitung, qui n’ont jamais été avares de révélations sur les services.

Excès de zèle d’espions subalternes ou opération couverte par leur direction, voire des responsables de la Chancellerie, plusieurs versions contradictoires circulent. Le dernier mot est en tout cas loin d’avoir été dit dans cette affaire glauque.


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