lundi 18 décembre 2017

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En Europe aussi les écoutes s’activent

AP

mardi 16 mai 2006, sélectionné par Spyworld

A l’heure où la controverse sur les écoutes téléphoniques secrètes fait rage aux Etats-Unis, certains s’inquiètent en Europe aussi. Car avec la lutte contre le terrorisme, les "grandes oreilles", déployées illégalement de la France de François Mitterrand à la Grande-Bretagne des conversations érotiques entre le prince Charles et Camilla, ont repris du service.

D’aucuns y voient un mal nécessaire. "Il est clair que si nous avions un 11-Septembre tous les ans, les citoyens de quelque pays que ce soit seraient sans doute prêts à abdiquer une bonne part de leurs droits en la matière", estime le député UMP Alain Marsaud, ancien magistrat responsable de la section anti-terroriste au Parquet de Paris. Et de juger "compréhensible" le renforcement des écoutes Outre-Atlantique.

Aux Etats-Unis, où les attentats du 11 septembre 2001 ont donné naissance au Patriot Act, loi d’exception érodant les libertés publiques, la NSA (National Security Agency), plus grande agence américaine du renseignement, pratique depuis des écoutes secrètes, justifiées par l’administration Bush par les nécessités de la défense du pays en temps de guerre.

La semaine dernière, le quotidien "USA Today" révélait que la NSA stockait depuis peu après le 11-Septembre les données de millions de communications d’Américains.

En Allemagne en revanche, "la législation ne permet pas ce genre de chose", explique Andreas Middel, porte-parole de Deutsche Telekom, principal opérateur téléphonique d’Europe. Toutefois, comme dans la plupart des pays de la zone, les compagnies téléphoniques doivent fournir des données sur injonction de la justice. Pour Jan Sjoberg, responsable de TeliaSonera, principal opérateur de télécommunications des pays nordiques, "rien aujourd’hui ne permet de penser" qu’existe en Europe le même genre de situation qu’aux Etats-Unis.

Mais la Britannique Sandra Bell, spécialiste de la technologie du contre-terrorisme au Royal United Services Institute for Defense and Security Studies, est froidement réaliste : "Le progrès technologique va tellement vite que nous devons renoncer à un peu de vie privée pour pouvoir fournir la sécurité."

En Europe, l’heure d’une flexibilité accrue en matière de surveillance électronique a en effet sonné, dans la foulée du 11-Septembre et des nouvelles lois anti-terroristes, et surtout après les attentats de Madrid en 2004 et ceux de Londres à l’été dernier. Après moult hésitations, les eurodéputés ont fini par adopter fin 2005 une directive sur la "rétention des données", qui réclame aux sociétés de télécommunications de garder les données techniques téléphoniques et électroniques pendant au moins six mois et jusqu’à deux ans, pour leur éventuelle exploitation dans des enquêtes en terrorisme.

Aux Pays-Bas, les services secrets disposent de pouvoirs accrus depuis septembre 2004 et l’assassinat du cinéaste Theo van Gogh par un extrémiste musulman.

La France aussi a élargi les possibilités en matière de vidéosurveillance et de communications téléphoniques et électroniques. Et ce malgré les réminiscences du temps où le président François Mitterrand faisait espionner le Tout-Paris, politiques, journalistes, écrivains ou stars... Les "Ecoutes de l’Elysée" se sont soldées par la condamnation de sept personnes en novembre 2005 pour atteinte à la vie privée.

Quant à l’Italie, elle est considérée comme la plus "écoutée" des démocraties occidentales. Selon un récent rapport du ministère de la Justice, le nombre d’écoutes autorisées y a plus que triplé, passant de 32.000 en 2001 à 106.000 en 2005. Les opérateurs téléphoniques doivent y garder leurs listings au moins cinq ans, un an pour l’Internet : plus longtemps que dans tout autre membre de l’Union européenne.

Si certains citoyens s’en sentent plutôt protégés, d’autres s’inquiètent de cette tendance : l’équilibre si fragile entre sécurité et liberté est en danger.

"Les hommes politiques jouent sur la peur", dénonce le Britannique Ian Leigh, professeur de droit, co-directeur du Centre pour les droits de l’Homme de l’université de Durham et co-auteur de "Who’s Watching the Spies" ("Qui surveille les espions"). Il note que les "garde-fous dressés d’abord dans les années 70 aux Etats-Unis, puis dans d’autres pays dans les années 80 et 90 (...) ont été plus ou moins abattus pour la guerre contre le terrorisme. Cela nous prépare des problèmes pour l’avenir".


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