mercredi 18 octobre 2017

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Les services russes de sécurité recrutent des agents doubles sur la Toile

Marie Jégo, Le Monde

samedi 12 février 2005, sélectionné par Spyworld

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Présent à tous les échelons de la vie politique russe depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine qui en est issu, le FSB (Service fédéral de sécurité, ex-KGB) vient de lancer une campagne publicitaire incitant la population à fournir des renseignements sur d’éventuels actes criminels en préparation. "Ton appel liera les mains des terroristes", disent des affichettes placardées dans tout Moscou avec l’adresse du site (www.fsb.ru).

Sur le Net, un contact plus approfondi avec l’institution est proposé, qui requiert les coordonnées des informateurs "pour une meilleure organisation du travail" moyennant garantie de "confidentialité".

Toutes les informations sont les bienvenues, aucune bonne volonté n’est écartée, puisque "les citoyens russes qui coopèrent avec des services étrangers peuvent se déclarer au FSB et devenir agents doubles". Dans ce cas, "les gratifications perçues par eux de la part des services étrangers pourront être conservées", précise une note à la rubrique "comment contacter le FSB" (www.fsb.ru/contact). Les futurs agents doubles sont assurés, une fois le contact établi, de "travailler avec des collaborateurs du FSB de 1re classe" et de ne pas risquer de poursuite pénale, à condition d’avoir un casier judiciaire pas trop chargé et de se déclarer "d’eux-mêmes et à temps".

Apparemment, le contact se fait plutôt bien puisque, en 2004, 30 000 courriers électroniques informatifs ont été retenus. Et puis les Russes sont de plus en plus nombreux (59 811 par jour en 2004 contre 11 764 en 2003) à consulter le site, dont la présentation vient d’être améliorée. Les férus d’histoire peuvent se pencher sur les biographies des "patrons" successifs des services - de Félix Dzerjinski à Nikolaï Patrouchev en passant par Nikolaï Ejov et Vladimir Poutine - ou apprendre que des pêcheurs de crabes se sont fait pincer en plein braconnage quelque part sur la côte Pacifique.

Partiellement démantelé lors de la désintégration de l’URSS en 1991, le KGB, séparé depuis en deux branches distinctes - les services de sécurité FSB et le renseignement extérieur SRV -, est sans nul doute l’institution la mieux préservée depuis la fin du système soviétique, dont il était le pilier.

Depuis leur création en 1917, les "organes" - selon la terminologie soviétique - ne s’étaient-ils pas d’emblée placés "au-dessus de tout ce qui vit", comme le souligna Alexandre Soljenitsyne, la mémoire du goulag ? Baptisée tour à tour Vetcheka, Guépéou, NKVD, MGB, KGB, la police politique instruisit, condamna, déporta, exécuta ; eut ses antennes partout ; manipula et désinforma ; retourna et assassina.

Selon la sociologue Olga Krychtanovskaïa, les cadres qui en sont issus représentent aujourd’hui 58 % de l’entourage présidentiel, 34 % du gouvernement, 20 % du Conseil de la Fédération (le Sénat) et 18 % de la Douma (la Chambre basse). Ces dernières années, les "tchékistes" ont envahi le monde des affaires. En économie aussi, leur expérience est bienvenue. Le premier ministre, Mikhaïl Fradkov, a invité le FSB à développer son travail d’espionnage économique afin de "soutenir la croissance" et de "créer des conditions égales de concurrence pour les hommes d’affaires".


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