vendredi 15 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > L’affaire d’espionnage des journalistes allemands (...)

L’affaire d’espionnage des journalistes allemands s’étend

Cécile Calla, le Monde

mercredi 17 mai 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Le service de renseignements fédéral (BND) est accusé d’avoir fait surveiller des journalistes pour élucider l’origine de fuites en son sein.

LE SCANDALE autour de l’espionnage de journalistes allemands continue de grossir. Après la révélation, il y a quelques jours, du recrutement de journalistes par le service des renseignements extérieurs (BND), le quotidien Berliner Zeitung affirmait hier que certains journalistes avaient fait l’objet d’écoutes téléphoniques. Citant de manière anonyme un fonctionnaire du service secret, le quotidien raconte que la ligne téléphonique privée d’un journaliste pouvait être placée sous surveillance lorsque ce dernier enquêtait sur le BND. Selon cette source, le service aurait eu recours à ce type de procédés jusque dans « un passé très récent ».

Le BND a immédiatement démenti, qualifiant ces informations de « pure fiction ». Néanmoins, elles sont de nature à ternir un peu plus la réputation des services de renseignement, déjà placés sur la sellette pour leur rôle pendant la guerre en Irak et leurs pratiques douteuses à l’encontre d’un certain nombre de journalistes allemands.

Conscient de l’ampleur du scandale, le gouvernement avait rapidement réagi lundi en interdisant au BND d’utiliser les journalistes comme sources d’information ou de les exploiter pour identifier les agents responsables de fuites dans la presse. Hier, les ministères de l’Intérieur et de la Défense ont repris le contenu de cette mesure pour l’appliquer à la direction de la sécurité du territoire et au service de contre-espionnage militaire (MAD).

Jusqu’à maintenant, aucun responsable n’a été clairement identifié. Les anciens secrétaires d’Etat chargés des services et les ex-présidents du BND s’accusent mutuellement. L’affaire a néanmoins fait une première victime avec la démission d’un membre de la Commission parlementaire de contrôle des services secrets, Bernd Schmidbauer (CDU), qui fut le coordinateur des services à la chancellerie entre 1991 et 1998.

Pratiques pas vraiment illégales

Selon Gerhard Schäfer, l’auteur du rapport de la Commission parlementaire qui a déclenché le scandale, recruter des journalistes pour identifier les sources de fuites d’informations secrètes n’est pas fondamentalement illégal. Mais le BND ne s’est pas arrêté là. « C’est l’ampleur des interventions qui pose problème », soulignait hier le quotidien Süddeutsche Zeitung. Au cours de leurs missions, les agents du service de renseignement n’ont pas hésité à fouiller dans la vie privée de certains journalistes.

Le BND détiendrait ainsi des clichés de Stefan Aust, rédacteur en chef du magazine Der Spiegel, dans sa résidence secondaire. Plusieurs rédactions, dont les journalistes ont été espionnés, ont annoncé vouloir porter l’affaire en justice. Les magazines Focus, Stern et Spiegel exigent l’accès aux documents les concernant avant d’engager une procédure judiciaire.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :