dimanche 22 octobre 2017

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États-Unis : Quand la « sécurité nationale » menace la liberté de la presse

Le Figaro

lundi 22 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Le ministre américain de la justice a expliqué dimanche que le gouvernement étudiait les moyens légaux pour poursuivre les journalistes qui révèlent des informations relevant du secret d’Etat.

L’attorney général (ministre de la Justice) américain Alberto Gonzales veut en finir avec les fuites dans la presse des secrets gouvernementaux. Dimanche, il a déclaré que « certains aspects de la loi, si on les regarde attentivement, pourraient indiquer qu’il y a une possibilité » d’interdire la publication de documents classifiés ou d’informations relevant du secret d’Etat. « Nous avons l’obligation de renforcer ces lois, nous avons l’obligation de nous assurer que notre sécurité nationale est protégée », explique Alberto Gonzales.

Depuis le début du conflit irakien en 2003, l’administration Bush a souvent été étrillée par la presse. L’affaire Valérie Plame, les photos des tortures d’Abu Ghraïb, les vols secrets de la CIA : autant d’affaires relevant de la « sécurité nationale » qui ont été révélées par les journaux outre-Atlantique. A la base de ces révélations, le plus souvent, des « fuites » provenant des plus hauts niveaux du gouvernement. Dans l’affaire Valérie Plame, par exemple, du nom de cet agent de la CIA dont le nom a été divulgué à la presse par un proche du vice-président Cheney pour faire pression sur son mari, ambassadeur au Soudan, les fuites ont été orchestrées depuis la Maison Blanche.

Mais la goutte d’eau fut sans conteste la révélation par le New York Times du programme d’écoutes illégales de la NSA. Cette affaire vient d’éclabousser une nouvelle fois l’administration Bush, rendant plus probable encore la défaite des Républicains aux élections sénatoriales de novembre prochain. Mais cette fois, l’administration a décidé de réagir.

Pour ce faire, elle compte sur certaines dispositions de l’Espionage Act. Cette loi qui date de 1917 permet, dans certaines circonstances, d’interdire la possession ou la publication d’informations relevant de la défense nationale. Adoptée durant la Ie Guerre Mondiale, elle fut vivement critiquée à l’époque et peu à peu oubliée.

L’annonce faite par Alberto Gonzales a déclenché un tollé dans un pays où le Premier amendement de la Constitution stipule qu’« il ne sera fait aucune restriction à la liberté de la presse ». Le New York Times, particulièrement visé car à l’origine du scandale des écoutes, explique que selon de nombreux juristes, « cette loi n’a jamais été écrite pour censurer la presse » et que le fait de « poursuivre des journalistes sur les fondements de cette loi constituerait une violation du Premier amendement ».

Lucy Dalglish, responsable de l’association « Reporters Committee for Freedom of the Press », qui milite pour le respect des droits des journalistes, se dit scandalisée par cette sortie du ministre de la Justice. « Je ne peux pas imaginer un pire tour de vis sur la liberté d’expression et sur le droit du public à savoir ce que fait le gouvernement - deux piliers de la démocratie - que traîner des journalistes en justice », explique-t-elle.


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