mercredi 13 décembre 2017

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Renseignement français : la galaxie des "services"

Laurent Zecchini, le Monde

lundi 22 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Le rôle du général Philippe Rondot, ancien de la DGSE et de la DST, dans l’affaire Clearstream, a mis en lumière celui des services secrets français.

Ceux-ci, qui forment une véritable "galaxie", sont répartis entre les ministères de la défense et de l’intérieur. Leurs relations avec le gouvernement et entre eux sont souvent complexes. D’autres services de l’Etat, comme la direction des douanes, font également du "renseignement".

Le SGDN. Il coordonne plusieurs ministères en matière de défense et de sécurité. Mission parfois théorique, plusieurs services de renseignement ressentant sa tutelle comme administrative et bureaucratique. Le ministère de la défense, par exemple, souhaiterait que le SGDN lui soit rattaché. Son origine date de la séparation en 1962 entre l’état-major des armées (EMA), qui dépend du ministère de la défense, et le SGDN, rattaché au premier ministre.

Avec 540 personnes et 75 millions d’euros de budget, il assure le secrétariat des conseils et comités de défense, celui du comité interministériel du renseignement (CIR), et suit l’évolution des technologies de l’information et de la communication. Le SGDN préside aussi les réunions de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre (CIEEMG) et coordonne les actions d’intelligence économique, dont le haut responsable est Alain Juillet, ancien de la DGSE.

La DGSE. Dans l’imagerie populaire, c’est "le" service secret par excellence, équivalent français de la CIA. Mais sa réputation pâtit du souvenir du sabotage du navire de Greenpeace, le Rainbow-Warrior (juillet 1985) par ses agents. Créée en 1982, la DGSE a succédé au service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece). Sa mission est "de rechercher et d’exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France, ainsi que de détecter et d’entraver, hors du territoire national, les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français afin d’en prévenir les conséquences".

Elle comprend 4 773 personnes (25 % de femmes et 70 % de civils) auxquelles s’ajoutent 800 agents du service action (SA). Son budget est de 486 millions d’euros (dont 36,2 millions de crédits spéciaux). Elle dispose de cinq grandes directions : renseignement, technique, stratégie, opérations, administration. La DGSE, qui n’a de compétence que hors du territoire national, est le seul service autorisé à utiliser des méthodes clandestines. Ses agents - qui ne portent jamais d’uniforme et n’utilisent pas d’armes françaises -, sont habilités à pratiquer l’illégalité.

La DGSE dispose de moyens importants - des centres d’écoute électronique aux nageurs de combat -, d’une centaine d’antennes permanentes à l’étranger, et d’un réseau de milliers d’informateurs (les "sources"). Chaque jour, la DGSE produit une trentaine de notes et d’analyses dont les "clients" sont la présidence de la République, Matignon, le Quai d’Orsay, les ministères de la défense et de l’intérieur, et les autres services de renseignement.

La DGSE est sous tutelle organique du ministère de la défense, mais l’état-major particulier du président de la République, Matignon et d’autres services officiels ont un accès direct à ses services et à son directeur général, Pierre Brochand. Contrairement aux services secrets américains ou britanniques, la DGSE ne dispose pas d’un site Internet, mais sa communication tend à s’améliorer.

La DRM. Elle a été créée en avril 1992 par Pierre Joxe, alors ministre de la défense, sur la base des enseignements de la guerre du Golfe : carence de renseignement militaire et services trop dispersés, rendant la France trop dépendante des sources américaines.

Placé sous l’autorité du chef d’état-major des armées (CEMA), ce service regroupe 1 806 personnes (en uniforme) appartenant aux trois armées (terre, air, marine) et à la direction générale pour l’armement (DGA). Ses éléments récoltent des renseignements d’ordre militaire, concernant les forces et les systèmes de combat d’adversaires potentiels.

Le budget de fonctionnement de la DRM est de 126 millions d’euros, chiffre théorique, la DRM utilisant les moyens des trois armées. Elle a, par exemple, réceptionné, en octobre 2005 le Dupuy-de-Lôme, navire-espion qui lui donnera, ainsi qu’à la DGSE, un moyen d’écoute ultramoderne dédié au renseignement stratégique et à la lutte antiterroriste. De même, en 2004, une fusée Ariane-5 a placé en orbite le satellite d’observation militaire Hélios-II A et, en 2005, le satellite de communications militaires Syracuse-III A. Des avancées technologiques qui renforcent la souveraineté et l’indépendance stratégique de la France.

La DPSD. Service de renseignement méconnu, la DPSD a pour mission de veiller à la sécurité du personnel, des informations, des matériels et des installations sensibles relevant de la défense nationale. Elle accorde les habilitations aux différents niveaux de classification des informations ("confidentiel", "secret- défense", etc.) et enquête sur les intéressés. La DPSD est aussi chargée d’une mission de contre-ingérence économique afin de protéger les industries de défense à fort potentiel technologique, ce qui revient à une mission de contre-espionnage. Elle emploie 1 460 personnes.

Le COS. Il regroupe les "forces spéciales", des militaires qui, contrairement aux agents du service Action de la DGSE, opèrent en uniforme. Ils peuvent agir au sein d’une opération multinationale (comme actuellement en Afghanistan, sous commandement américain), dans un cadre interarmées (Tchad, Côte d’Ivoire, Balkans, etc.), ou de façon autonome. Le COS a été créé en 1992, après la guerre du Golfe : contrairement aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, la France ne disposait pas d’un commandement unique et interarmées regroupant ses unités spéciales. Ses effectifs sont d’environ 2 000 hommes (armée de terre : 1 200 ; marine et armée de l’air : 400 chacune).

Le COS est l’employeur prioritaire - mais non exclusif - des cinq commandos marine (Hubert, Trépel, Jaubert, de Monfort et de Penfentenyo), et du commando parachutiste de l’air (CPA-10) d’Orléans. Le 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine (1er RPIMa), à Bayonne, et le détachement de l’aviation légère des opérations spéciales (DAOS), à Pau, dépendent exclusivement du COS.

La DAS. Ce n’est pas un service de renseignement mais la DAS analyse les informations fournies notamment par les services de renseignement et en tire des notes et recommandations de caractère politique, stratégique et prospectif, servant au ministre de la défense et aux autres services de l’Etat. Elle suit les dossiers de la défense européenne et de l’OTAN, du nucléaire et des armes de destruction massive, de la défense antimissile, etc., ainsi que l’évolution des crises (Balkans, Afghanistan, Irak, Afrique) en faisant une analyse prospective des risques.

La DAS exerce aussi une responsabilité en matière d’exportation d’armements et une responsabilité budgétaire - mais non un pouvoir de décision - sur divers services, dont la DGSE et la DPSD. Elle emploie 190 spécialistes, dont la moitié de civils.

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AFP/JACK GUEZ Le siège de la Direction de la surveillance du territoire (DST) à Paris, le 30 juillet 2004.


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