dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Le Pentagone étend son emprise dans le renseignement

Le Pentagone étend son emprise dans le renseignement

Jérôme Bernard, AFP

jeudi 25 mai 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Le Pentagone a accru ses activités de collecte et d’analyse de renseignements au cours des dernières années, au point d’être accusé de vouloir empiéter sur le champ d’action de la CIA.

La nomination lundi d’un militaire à la tête de la CIA par le président George W. Bush a ravivé ces inquiétudes chez des parlementaires. Ceux-ci y ont vu un signe inquiétant des ambitions du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qu’ils soupçonnent de vouloir profiter de la crise traversée par l’Agence centrale de renseignement depuis le 11 septembre et la guerre en Irak.

Le Pentagone a déjà sous son autorité toute une série d’agences du secteur du renseignement, comme l’Agence de renseignement militaire (DIA), la NSA, chargée du renseignement électronique, le Bureau de reconnaissance nationale (NRO), qui lance et gère des satellites, etc.

Au total, le Pentagone contrôle 80% du budget alloué à l’espionnage, qui dépasse les 40 milliards de dollars par an.

Mais M. Rumsfeld ne cache pas qu’il veut augmenter les activités de renseignement humain du ministère de la Défense, la spécialité de la CIA, même s’il a démenti mardi une bataille de pouvoir entre civils et militaires pour contrôler le secteur du renseignement.

Le Pentagone justifie ses ambitions par les besoins des militaires sur le terrain en Irak, en Afghanistan et ailleurs pour mener leurs opérations contre les insurgés et les terroristes. Selon M. Rumsfeld, la lutte contre le terrorisme nécessite « une approche différente ».

« Si vous parlez à nos commandants, ce qu’ils mentionnent le plus souvent est leur souhait de disposer de davantage de renseignement, au moment opportun », a-t-il plaidé mardi lors d’une conférence de presse.

« Le ministère de la Défense est certainement le plus gros utilisateur de renseignement », a-t-il souligné.

Le Pentagone a admis récemment que des membres des forces spéciales se sont vus confier depuis environ deux ans des missions dans les ambassades américaines installées dans des pays instables, où ils rassemblent des informations sur des réseaux terroristes.

Selon le New York Times, ces militaires, répartis en petits groupes, ont été envoyés dans une douzaine d’ambassades en Afrique, en Asie du Sud-Est, et en Amérique du Sud, où des organisations terroristes sont soupçonnées d’opérer.

La présence de ces forces spéciales dans les ambassades a suscité l’opposition de la CIA, qui y a vu un empiètement sur ses prérogatives.

Lundi, le directeur du renseignement national (DNI), John Negroponte, dont la fonction a été créée l’an dernier pour chapeauter les 16 agences du renseignement américain, dont la CIA et les agences du Pentagone, a affirmé que les craintes d’une emprise du Pentagone sur le secteur étaient « infondées ».

Il a rappelé que c’était à lui que revenait la responsabilité de formuler les priorités du secteur du renseignement.

Il a rappelé également le rôle central de la CIA dans les activités d’espionnage. « La CIA doit rester la première agence de renseignement humain du secteur », a-t-il affirmé, faisant une référence implicite aux tentatives du Pentagone.

Face aux ambitions de M. Rumsfeld, des commentateurs font valoir que le nouveau directeur de la CIA, Michael Hayden, a soutenu John Negroponte quand il était son bras droit pour exercer son autorité sur les agences de renseignement du Pentagone face à la résistance du secrétaire à la Défense.

« Il y a des raisons légitimes d’être inquiet de l’expansion agressive des opérations de renseignement du Pentagone, estime le Washington Post dans un éditorial publié mardi. Mais la nomination du général Hayden signifiera une influence croissante pour le DNI, pas pour le Pentagone ».


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :