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Piètre agent secret, bon chef d’équipe scientifique

Le Monde

mardi 30 mai 2006, sélectionné par Spyworld

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Le CV d’Imad Lahoud ne dit rien de ses compétences réelles. Ses deux DEA sont là pour justifier sa bosse des maths, ainsi que son inscription en thèse, l’an passé, sur les "applications des couplages de Weil et de Tate en cryptographie" à l’Ecole normale supérieure. Le jeune trader ne dispose pas, sur le papier, de compétences spécifiques en informatique. Les échecs de l’agent secret Imad Lahoud, enrôlé par la DGSE en 2003, n’y figurent pas non plus. Pas davantage ses succès au centre de recherche d’EADS, dont il est le patron d’un des pôles depuis 2004.

C’est en décembre 2002, trois mois après sa sortie de prison, que commence la brève carrière d’agent secret d’Imad Lahoud. Jean-Louis Gergorin, le vice-président d’EADS, a parlé de lui au général Rondot. Un dîner confidentiel est organisé dans le petit salon d’un restaurant parisien, Chez Tante Marguerite - pratique pour Philippe Rondot qui travaille tout près, au ministère de la défense, rue Saint-Dominique. Le général a convié deux pontes de la DGSE de l’époque, Alain Juillet, chargé du renseignement, et le général Dominique Champtiaux, directeur de cabinet du "patron" des services, Pierre Brochand.

"Le général Rondot est un grand monsieur du système. S’il fait venir Lahoud, c’est que c’est sérieux", se souvient Alain Juillet. Imad Lahoud fait bonne impression. Il raconte que Merrill Lynch, son ancien employeur, comptait parmi ses clients le fonds de pension de la fortunée famille Ben Laden, géré par un Tanzanien, et qu’il avait approché un des nombreux demi-frères du "cheikh", Yeslam Ben Laden. Imad Lahoud explique que les financements sont un bon moyen de remonter les filières terroristes. Impressionné, le jury d’espions finit par se disperser - l’un après l’autre, à vingt minutes d’intervalle. Dès le lendemain, Imad Lahoud est pris en main. Il devient "clandé" de la DGSE, qui lui donne un téléphone spécial, un surnom, "Typhose" - du nom d’une maladie contagieuse des oiseaux de basse-cour -, et des coupures de 100 euros.

Imad Lahoud s’envole une demi-douzaine de fois au Moyen-Orient pour tenter de retrouver les traces financières de Ben Laden. Sans succès. Un jour, il déjeune au restaurant des Galeries Lafayette avec "Antoine", son agent traitant, qui l’envoie à Metz chercher les listings de Clearstream chez le journaliste Denis Robert - c’est "l’opération Stan". Mais M. Lahoud n’est pas un clandestin de tout repos. Le 28 mars 2004, rattrapé par la faillite de ses affaires de golf, il est placé en garde à vue. L’affaire arrive aux oreilles de Dominique de Villepin, qui, d’après les notes saisies chez M. Rondot, s’inquiète. Le lendemain, à 8 heures, Imad reçoit un "savon" du général. "Chez les flics, on y va à poil !", râle le maître espion.

Les activités de l’apprenti espion cessent définitivement lorsque, en juillet 2004, il est embauché au centre de recherche d’EADS. A Suresnes, Imad Lahoud est chargé de monter une équipe de recherche dans le domaine de la sécurité informatique. De trois personnes au départ, l’équipe d’Imad Lahoud passe à plus d’une centaine, dont quinze en informatique fondamentale. "Sans être un spécialiste dans tous les domaines, il en sait assez dans chacun. Je l’ai vu avec des professeurs, il tient sa place dans les discussions scientifiques", explique le directeur du centre de recherche, Yann Barbaux.

"Son équipe fait référence au niveau européen, assure aussi Jean-Yves Mathonnet, directeur des ressources humaines du centre. C’est elle qui forme les ingénieurs d’Airbus aux problématiques de sécurité, qu’ils soient ceux de l’entreprise - Intranet - ou ceux "embarqués" sur les avions." L’équipe met au jour quelques jolies trouvailles. Le 7 février 2005, Lahoud présente les résultats d’une étude qui dévoile la vulnérabilité du BlackBerry, ce petit terminal portable déjà utilisé par trois millions de businessmen dans le monde. "Un travail remarquable, confie Alain Juillet, nommé le 1er janvier 2004 au SGDN pour s’occuper d’intelligence économique. Quand je l’ai lu, je l’ai classé secret-défense sur-le-champ."

Imad Lahoud et lui se retrouvent à cette occasion et se fréquentent régulièrement. D’autant qu’Anne-Gabrielle Heilbronner, chargée notamment d’intelligence économique au ministère des affaires étrangères, est devenue à ce titre l’interlocutrice régulière de M. Juillet. Quant à "Jean-Louis" Gergorin, il continuait, jusqu’à il y a quelques semaines, à débarquer chez le couple à l’improviste avant de s’enfermer avec Imad. Et puis, le 30 avril, quand Imad lit que son "ami" a fait de lui "sa source", il pique une grosse colère. Ils ne se sont plus parlé depuis.


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