dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Les « services » préoccupés par les installations nucléaires

Les « services » préoccupés par les installations nucléaires

Jean Chichizola, le Figaro

vendredi 2 juin 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Les hommes du renseignement concèdent qu’il est impossible d’exclure tout risque terroriste contre les centrales françaises.

UN COMMANDO attaquant une centrale nucléaire et lui causant des dommages irréparables. Pour les spécialistes du terrorisme islamiste, habitués aux scénarios les plus noirs, la scène tient de l’Apocalypse. Pis, sous le sceau de l’anonymat, ils ne se font guère d’illusion sur la prétendue invulnérabilité de ces installations.

Le seul précédent d’un attentat contre une installation nucléaire date de 1982 : plusieurs roquettes avaient été tirées par des militants d’extrême gauche armés par le groupe Carlos contre le surgénérateur Superphénix à Creys-Malville (Isère). Mais cette centrale au plutonium n’était qu’en construction.

Vingt-cinq ans plus tard, les experts pensent que la menace principale vient du ciel : un avion de ligne détourné ou un ultraléger motorisé (ULM) quasi indétectable.

Les services de renseignement occidentaux savent que les terroristes ont de tels projets dans leurs cartons. A la fin 2003, les Etats-Unis déclenchaient une alerte de niveau maximal sur le transport aérien transatlantique. Selon un policier français, des terroristes « envisageaient, parmi d’autres objectifs, de précipiter des gros porteurs sur des centrales nucléaires ou sur des barrages hydroélectriques ».

Des jumbo-jets transformés en avions suicides

Concernant les ULM, la DST et d’autres services européens ont repéré depuis des années des achats en Europe par des groupes palestiniens. Ces engins ont été envoyés au Liban pour tenter des incursions sur le territoire israélien. « C’est bien la preuve que des terroristes ont intégré ce mode d’action, remarque un spécialiste du renseignement, même s’il faut souligner que toutes les tentatives de pénétration se sont soldées par l’élimination des intéressés bien avant d’atteindre leur cible. » En Asie du Sud, les fanatiques des Tigres de l’Eelam Tamoul utilisent également des ULM.

Face à ces menaces, quelles sont les parades efficaces ? Les experts prônent la prévention. Nul ne sait si une centrale résisterait à un impact de gros porteur ou si des kamikazes venus en ULM pourraient y pénétrer. Sur la résistance du béton, un courrier confidentiel d’EDF, diffusé par des antinucléaires en 2003, ne dissipe pas le doute. Après avoir conclu, sans plus de précision, que les réacteurs de nouvelle génération présenteraient « une grande robustesse », l’auteur de la lettre ajoute : « Nonobstant l’aptitude du projet EPR à faire face à des chutes d’avion, il convient de noter qu’EDF n’envisage pas d’assurer une capacité de résistance vis-à-vis de tout acte de guerre ou tout acte terroriste envisageable. La prévention de ceux-ci ou la limitation de leur effet relève essentiellement de la puissance publique. » Un membre d’un service de renseignement précise « que l’on parle ici du réacteur et pas des piscines de refroidissement des produits, beaucoup moins bien protégées ».

« Contre des jumbo-jets transformés en avions suicides, assure un policier, le dispositif, encore renforcé après le 11 septembre 2001, devrait permettre d’éviter une catastrophe. Les radars déployés assurent une veille jusqu’à une très basse altitude. Des Mirage 2000 et des hélicoptères sont en alerte permanente. » Face aux ULM, ou aux parachutes motorisés, qui partent de petits aérodromes, le dispositif a des failles. Dans ce cas, un expert souligne que seul le renseignement peut éviter le pire. « C’est efficace et pas trop coûteux », lâche un militaire qui ajoute : « Si un objectif est totalement protégé, les terroristes choisiront autre chose : barrages, usines chimiques... »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :