mardi 17 octobre 2017

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Internet au coeur du terrorisme et de l’espionnage

Mathieu Perreault, la Presse

lundi 5 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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" Je suis désolé, mes frères et soeurs. Ce forum doit être fermé. La raison est que je suis soupçonné de planifier un crime terroriste. Le procureur veut me faire emprisonner pendant deux à trois ans. J’aurai le verdict le 14 juin. "

Ce petit message a été laissé jeudi dernier sur Mujahedon, l’un des nombreux babillards électroniques vantant les mérites du jihadisme et de la lutte armée des musulmans contre l’Occident. Ces quelques phrases montrent bien comment Internet est devenu un territoire-clé du terrorisme et de la lutte que lui livrent les autorités. Dans le cas des arrestations de Toronto, la GRC a surveillé les suspects sur Internet pendant deux ans.

En 2003, le centre Simon Wiesenthal a modifié le rapport annuel qu’il publiait sur les sites Internet antisémites, Digital Hate. Depuis, le rapport comporte une section sur les sites Internet où se rencontrent les terroristes pour discuter de leurs prochaines actions, et s’appelle Digital Terrorism and Hate.

Il existe entre 4000 et 5000 sites Internet terroristes, selon un rapport d’un professeur de communications de l’Université de Haïfa, en Israël. Ces sites contiennent des informations sur l’achat et la préparation d’armes et de bombes, conventionnelles ou biochimiques, sur les techniques de guérilla. Ils permettent aux terroristes de communiquer entre eux de façon anonyme. Certains contiennent des collections de vidéos de " martyrs " et de sessions d’entraînement. La plupart d’entre eux sont en arabe (Mujahedon est en anglais).

Les terroristes se servent d’Internet pour regrouper des informations disparates, non confidentielles, afin de composer des manuels d’instructions. Mais ils ne sont pas les premiers à découvrir comment fabriquer une bombe sans transgresser les lois. En 1995, les autorités américaines avaient été frappées par la facilité avec laquelle Timothy McVeight avait fabriqué la bombe d’Oklahoma City à partir de fertilisants. Depuis, les ventes de fertilisants sont un peu mieux encadrées, mais ce produit est tellement courant qu’il est impossible d’empêcher les terroristes de s’en servir.

En 2004, en Australie, quatre réalisateurs de documentaires ont causé tout un émoi en filmant leur quête de la recette et des ingrédients d’une bombe similaire à celle qui avait été utilisée à l’automne 2002 dans les attentats de Bali, qui avaient tué 88 Australiens. Ils n’avaient eu besoin que de 15 minutes, sur Internet, pour trouver ce dont ils avaient besoin.

Les avantages logistiques d’Internet profitent aussi au contre-terrorisme. Des compagnies privées de sécurité ont commencé à analyser les conversations et les informations des sites terroristes, et à vendre leurs services. Comme Internet sert maintenant de lieu de rendez-vous, l’espionnage peut être fait à partir d’un bureau confortable dans une ville occidentale.

En permettant d’épargner les sommes énormes payées par les agences gouvernementales d’espionnage pour entretenir un réseau d’agents à l’étranger et acquérir du matériel d’écoute électronique ou de surveillance aérienne, ces compagnies privées révolutionnent la lutte contre le terrorisme.

En avril, le magazine The New Yorker a publié le portrait de l’une de ces compagnies, Search for International Terrorist Entities (SITE), gérée par une Américaine d’origine juive irakienne dans la quarantaine (fait intéressant, la patronne était auparavant propriétaire d’une boutique de mode).

SITE est la compagnie qui a sonné l’alarme, en décembre dernier, au sujet d’attaques terroristes contre les pipelines de l’Alaska. Elle tire ses revenus de bulletins d’information envoyés plusieurs fois par jour à ses clients, qui sont pour la plupart dans les milieux militaires ou de l’espionnage.

Les compagnies comme SITE ont souvent été accusées d’exagérer l’ampleur des menaces terroristes dont elles font état. Par exemple, certains critiques estiment que leurs traductions accroissent le ton martial de certains documents. À l’heure d’Internet, les limites du terrorisme se font de plus en plus floues.


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