mardi 24 octobre 2017

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La foire des drones chez EADS

Jean-Dominique Merchet, Libération

mardi 6 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Projets concurrents pour ces avions sans pilote au sein du groupe franco-allemand.

Chez EADS, les drones sont des avions sans pilote. Vraiment sans pilote ! Plus personne ne comprend ce que veut vraiment le géant européen de l’aéronautique dans ce secteur en plein développement. En principe associés dans le même groupe, Français et Allemands tirent chacun de leur côté sur le manche à balai. Au risque de se retrouver bredouille, EADS court plusieurs lièvres à la fois : le SIDM, l’EuroMale, l’EuroHawk, et maintenant le Barracuda... « La situation est un peu confuse », reconnaît-on au ministère français de la Défense. « Personne ne comprend ce que veut vraiment l’Etat ! » soupire un industriel français. Une seule chose est sûre : il n’y a pas d’Eurodrone en vue.

Résultat : ni l’armée de l’air ni la Luftwaffe ne peuvent aujourd’hui déployer de drones, ces avions de reconnaissance pilotés depuis le sol. Les Américains, eux, les emploient régulièrement depuis plus de dix ans. Chaque jour, ces appareils volent au-dessus de l’Irak et de l’Afghanistan, filmant, écoutant et parfois ouvrant le feu sur les groupes armés. Sur le plan industriel, l’Europe a désormais pris un retard quasiment impossible à combler par rapport à ses concurrents, les Israéliens et les Américains. Plutôt que développer une filière européenne, les Français ont d’ailleurs choisi de travailler avec les Israéliens... alors que les Allemands préfèrent les Américains.

Côté français, EADS s’est engagé dans le programme EuroMale, développé à partir d’un engin israélien, l’Eagle 2. Dans EuroMale, si Male est l’acronyme de « moyenne altitude longue endurance », Euro ne veut pas encore dire « européen ». Pour l’instant, c’est plutôt FrancoMale. « Ce projet tarde à réunir les partenariats européens indispensables à sa réalisation », constatent les sénateurs Philippe Legrix et Maryse Bergé-Lavigne dans un récent rapport. « Les discussions se poursuivent, en particulier avec les Espagnols », indique prudemment François Hubert, de la délégation générale pour l’armement. Les Allemands ne sont pas intéressés et les Britanniques ont « fermé la porte », préférant travailler avec Thales. En attendant, les militaires français devraient recevoir un autre drone moins perfectionné, le SIDM. Encore un engin israélien rééquipé par EADS. Trois exemplaires devaient être livrés durant l’été 2003. Las ! des problèmes de transmissions satellitaires ont retardé le programme, et les appareils n’ont toujours pas effectué leur premier vol sur la base d’essais d’Istres.

Côté allemand, EADS Germany travaille avec l’américain Northrop-Grumman pour développer l’EuroHawk, un avion de très grande taille (35 mètres d’envergure) capable de voler à vingt kilomètres d’altitude pendant un jour et demi. Soucieux d’acquérir un savoir-faire maison en matière de drones, EADS Germany, associé cette fois avec Casa, la branche espagnole d’EADS, a par ailleurs construit son propre engin, baptisé Barracuda. « C’est un bon outil pour acquérir une expérience en matière de vol de drone », reconnaît un spécialiste du dossier. Propulsé par un réacteur et étant de forme très aérodynamique, le Barracuda ressemble plus à un drone de combat qu’à un engin de reconnaissance. Problème : là encore, Allemands et Français font chambre à part. Ni EADS France ni le ministère de la Défense ne participent au projet. Car la France a également son propre programme de démonstrateur de drone de combat, le Neuron. Un projet vraiment européen, celui-là, piloté par Dassault et qui associe la Suisse, la Grèce, la Suède, l’Italie et l’Espagne. Mais pas l’Allemagne.

Ce divorce franco-allemand illustre les limites de l’assemblage qui a donné naissance au groupe EADS, lors de la fusion de Matra-Aérospatiale et de DASA (Daimler-Benz Aerospace). Dirigée par l’Allemand Johann Heitzmann, la branche d’aéronautique militaire du groupe reste très germanique. Un peu trop pour les Français, qui tordent le nez en lisant sur Internet l’historique de l’entreprise : aucun avion français, mais le Messerschmitt 109 ou le Heinkel 111. Des appareils de la Seconde Guerre mondiale qui n’ont pas laissé que de bons souvenirs de ce côté-ci du Rhin. Et qui avaient des pilotes à bord.


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