dimanche 17 décembre 2017

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Libellule, le futur ange gardien du fantassin

Michel Alberganti, le Monde

samedi 10 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Vu de... Délégation générale pour l’armement (DGA), Arcueil

Comment protéger les soldats "au contact" dans le décor chaotique de villes à demi détruites ? C’est la question que se posent les ingénieurs au centre technique d’Arcueil (Val-de-Marne) de la délégation générale pour l’armement (DGA). Ils travaillent ainsi sur le "projet Libellule", la réalisation d’un minuscule robot, véritable ange gardien du fantassin, qui pourrait servir d’éclaireur jetable.

Le prototype actuel de l’engin, de 5 centimètres de long et pesant 120 milligrammes, bat déjà des ailes et tient dans les airs. C’est l’oeuvre de la nature qui pilote cette recherche de l’extrême légèreté. Chacune des quatre ailes de 3 cm de longueur est actionnée par 180 000 muscles artificiels de 100 à 150 microns de long (l’ordre de grandeur du diamètre d’un cheveu) pour 20 microns d’épaisseur. "Nous avons choisi un modèle biomimétique", indique Pierre-François Louvigné, expert à la DGA d’Arcueil, pour expliquer l’abandon de la voilure tournante de type hélicoptère.

Réalisés à l’aide de plusieurs couches de silicium grâce aux techniques de la microélectronique, les muscles se contractent sous l’effet d’un courant électrique et engendrent ainsi un battement de 40 degrés. C’est l’entreprise SilMach de Besançon, une start-up fondée par d’anciens chercheurs du CNRS fin 2003, qui se charge de cette réalisation.

Reste maintenant à apprendre à cette libellule à voler. "Nous nous retrouvons dans la situation des pionniers de l’aviation", note M. Louvigné. Grâce à ses quatre ailes battantes, le microdrone devrait être apte au vol stationnaire précieux pour recueillir des informations utiles à l’intérieur de bâtiments ou d’immeubles. "Les biologistes ont décortiqué le vol des libellules, mais nous restons démunis en matière d’aérodynamique de vol pour un objet de cette taille", précise-t-il.

D’autres défis attendent encore Libellule. Le poids de la batterie ne devra pas dépasser les 100 milligrammes et celui de l’oeil, qui intégrera la caméra et le système de navigation, les 20 milligrammes. "Nous exploiterons le travail remarquable du CNRS de Marseille sur l’oeil de la mouche", indique M. Louvigné. Cet insecte se sert en effet de son oeil pour se guider et éviter les obstacles. Libellule, qu’il faudra attendre au moins une vingtaine d’années, devra coûter entre 500 et 1 000 euros selon les projections de la DGA. M. Louvigné rappelle : "Ce que l’on veut à tout prix éviter, sur le champ de bataille, c’est de perdre un homme."


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