dimanche 22 octobre 2017

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En Europe, il faut une seule sécurité nationale

Gustav Lindstrom, chargé de recherche à l’Institut d’études de sécurité de l’UE, le Figaro

mercredi 14 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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L’idée que l’on se faisait de la sécurité nationale a changé après les attaques terroristes du 11 Septembre. Celles-ci ont démontré que la distinction entre sécurité intérieure et extérieure devient de plus en plus floue. En réponse, des initiatives pour accroître la sécurité ont été prises des deux côtés de l’Atlantique. Aux Etats-Unis, on a fusionné 22 agences pour créer le US Department of Homeland Security. Dans l’Union européenne, nombre de mesures antiterroristes ont été introduites mais plusieurs facteurs compliquent l’introduction d’un concept unifié de sécurité nationale.

Certains membres de l’UE se concentrent sur la protection de leur intégrité territoriale, d’autres adoptent des mesures antiterroristes. Il en résulte, entre les pays membres, des divergences sur ce qui constitue objectivement une menace pour la sécurité nationale et sur les ressources qui doivent y être consacrées. On constate aussi des divergences sur le rôle que les militaires doivent jouer pour garantir la sécurité nationale.

Ensuite, l’approche de l’UE concernant la sécurité nationale est souvent graduelle et réactive plutôt que préventive. Les initiatives telles que la protection d’infrastructures stratégiques ou la sécurité dans les transports publics sont prises en réponse à des événements qui affectent la sécurité intérieure. Il n’existe pas de stratégie générale pour guider la politique dans ces domaines, la sécurité « nationale » se traduisant alors par une mosaïque de mesures adoptées par l’UE et par les Etats membres. Des directives adoptées par le Conseil ne sont pas transposées dans le système législatif des différents Etats membres, ce qui nuit à leur efficacité. Le mandat d’arrêt européen est un exemple : adopté en juin 2002, il ne devient applicable dans toute l’UE qu’après approbation du dernier Etat membre, en avril 2005.

En outre, il n’existe aucune agence, aucun organisme chargé de centraliser l’approche de l’Union. La Commission européenne et le Conseil participent à la protection contre des attaques chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires, notamment par la création d’un coordinateur pour faciliter l’harmonisation des politiques contre le terrorisme. Mais la diversité des acteurs rend difficile une vision globale de la sécurité intérieure et des frontières. Il est primordial que les Etats membres partagent leurs informations.

Enfin, les liens entre certains acteurs clés de la sécurité nationale laissent parfois à désirer. Les gouvernements de l’UE, par exemple, ne donnaient au début que peu de directives à l’industrie sur les besoins et les priorités en matière de sécurité. Cela était dû en partie à la « nouveauté » du domaine et à la multitude d’acteurs associés dans la sécurité interne et dans celle des frontières. Heureusement, le rapport de la Commission européenne pour l’action préparatoire sur la recherche de sécurité (APSR), rédigé à la fois par des dirigeants de l’UE et des responsables de l’industrie, a permis de renforcer le lien privé-public.

Ce rapport définit les besoins pour combattre les menaces actuelles et futures. Le budget trisannuel de 45 millions d’euros débouchera sur un programme européen de recherche sur la sécurité qui commencera en 2007 dans le cadre du 7e programme de recherche. Il existe, entre autres, des projets pour améliorer la sécurité des passagers dans les trains, celle des zones portuaires et pour protéger les avions de ligne contre des systèmes d’armes portatifs. Quelques-unes de ces technologies sont exposées au salon Eurosatory.

Une politique pour la sécurité nationale à long terme devrait intégrer et rationaliser les mesures qui existent mais qui sont éparpillées. D’une part, elle donnerait un cadre référentiel aidant l’industrie dans le développement de nouvelles technologies et, d’autre part, définirait une vision commune de sécurité nationale pour toute l’UE.


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