mardi 24 octobre 2017

Accueil du site > Défense > International > Les nouveaux marchés de la sécurité globale

Les nouveaux marchés de la sécurité globale

Arnaud de La Grange, le Figaro

vendredi 16 juin 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Pour relancer le secteur stagnant de l’armement terrestre, les industriels misent, au salon Eurosatory 2006, sur des domaines connexes comme l’antiterrorisme ou la sécurité des frontières.

Parler de défense, de sécurité extérieure ou intérieure dans les allées d’Eurosatory 2006, c’est presque faire montre de ringardise. Le grand salon international de la défense terrestre, qui s’achève aujourd’hui, était placé sous le signe de la « sécurité globale ». Les industriels prennent acte de l’effacement des frontières entre menaces internes et externes. Et, surtout, tentent de relancer un secteur à la courbe désespérément stagnante.

Après la chute du mur de Berlin, les budgets de défense terrestre avaient été fortement réduits. L’après-11 Septembre, ses risques et ses interventions occidentales en cascades (Afghanistan, Irak...) aurait dû inverser la tendance. Or ce n’a pas été le cas. « Le marché de l’armement terrestre est plutôt plat », reconnaît Luc Vigneron, patron du Gicat (Groupement des industries de défense terrestre). Ce qui n’empêche une participation record au salon. « Pour relancer la demande, les entreprises font assaut d’innovations, poursuit Luc Vigneron. Parallèlement, ils élargissent l’offre « défense » à des domaines connexes, la protection des personnes, la sécurité des frontières, l’antiterrorisme... »

Guerre « infocentrée »

Ce marché de la « sécurité globale », les experts d’EADS l’estiment à quelque 35 milliards d’euros pas an. Pour Hervé Guillou, responsable de la branche « défense et systèmes de communication » du groupe, on observe bel et bien un « transfert progressif des activités de défense du champ de bataille vers la sécurité ou le maintien de la paix ». Une entreprise comme la Sofema peut rénover des blindés français, équiper la police brésilienne, vendre des moyens d’écoute, faire des audits portuaires ou offrir des services d’intelligence économique.

Pour l’heure, cependant, ce sont encore les marchés traditionnels - les armées de terre, donc - qui prédominent. « Les parcs vieillissants vont devoir être renouvelés et il faudra prendre les décisions gelées depuis la fin de la guerre froide, explique encore Luc Vigneron. Tout le monde observe l’évolution des doctrines d’emploi des grandes armées occidentales avant de faire ses choix. » Ces doctrines sont en pleine révolution. Notamment avec la numérisation et le concept de guerre « infocentrée ». L’électronique envahit les systèmes d’armes terrestres, jusqu’au niveau du fantassin. Des technologies que l’on ne trouvait jusque-là que dans l’aéronautique descendent au niveau du sol. Et des entreprises plus habituées au Salon du Bourget se retrouvent en force à Eurosatory. BAE Systems, Thales, Safran ou EADS en tête.

Partenariats européens

L’autre grande « tendance », d’ailleurs, c’est la troisième dimension. « Eurosatory, ce n’est plus seulement le blindé à roues, commente le général Bernard Norlain, PDG de la Sofema. Tout passe aujourd’hui par l’air ou l’espace, qu’il s’agisse des déplacements ou des communications. » Les drones, des mini-engins (lire ci-dessous) aux grands avions sans pilote comme le Neuron de chez Dassault, survolent ainsi le salon. Le général Bernard Thorette, chef d’état-major de l’armée de terre, y a d’ailleurs parlé d’« aérocombat ».

Reste la question de l’ordre de bataille industriel. En inaugurant le salon, le ministre français de la Défense a encore plaidé pour un regroupement de l’industrie européenne de défense terrestre. Michèle Alliot-Marie a ainsi salué le partenariat technologique entre le français Giat Industries - qui a renoué avec les bénéfices en 2005 - et l’allemand KMV sur les blindés médians. Une « première étape encourageante ». Dans le même esprit, le délégué général pour l’armement, François Lureau, a annoncé que l’Allemagne allait rejoindre la France et l’Espagne dans le programme EuroMALE, un drone de surveillance de moyenne altitude.

Signe des temps, l’Agence européenne de défense et l’état-major des forces de l’UE étaient présents sur le salon. Avec un stand de surface encore réduite, mais de grandes ambitions.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :