dimanche 10 décembre 2017

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Missiles : le ton monte entre Tokyo et Pyongyang

Le Figaro, avec AFP

lundi 19 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Le premier ministre japonais a lancé sa troisième mise en garde, lundi, contre le régime de Kim Jong-il. Si la Corée du Nord effectue un tir de missile balistique, comme laissent entendre plusieurs services de renseignements, le Japon promet une riposte « vigoureuse » et les Etats-Unis évoquent d’éventuelles sanctions.

Le spectre d’une nouvelle crise internationale, causée par un tir de missile nord-coréen en 1998, se profile à nouveau. Depuis plusieurs jours, les rumeurs faisant état d’un tir imminent enflamment les relations entre la Corée du Nord, le Japon et les Etats-Unis. Lundi, le premier ministre japonais a lancé une nouvelle mise en garde, la troisième en 48 heures, contre un éventuel lancement de missile balistique nord-coréen, menaçant ainsi le régime communiste de Pyongyang d’une riposte « vigoureuse ».

« J’espère encore que la Corée du Nord ne fera rien de tel. Mais si elle ne nous écoute pas, si elle tire un missile, le Japon n’aura d’autre choix que de mettre en œuvre une riposte vigoureuse en liaison avec les Etats-Unis », a déclaré Junichiro Koizumi, lors d’une conférence de presse, sans toutefois préciser quel type de riposte il envisageait. « Je pense qu’il est préférable, en tant que premier ministre, de ne pas spécifier quelle initiative il faudrait prendre à ce stade », a-t-il ajouté, se contentant de préciser qu’il avait « reçu des informations selon lesquelles la Corée du Nord avait fait des préparatifs en vue de procéder à un tir de missile ». Ces derniers jours ont été rythmés par plusieurs avertissements publics lancés par des dirigeants japonais.

Les Etats-Unis en renfort

Autre mise en garde de poids : les Etats-Unis ont affirmé lundi étudier de nouvelles sanctions contre le régime de Pyongyang, estimant qu’un tir serait « une provocation ». « Le gouvernement américain consulte ses alliés dans la région et a fait savoir clairement qu’un tir de missile nord-coréen serait une provocation », a affirmé un porte-parole du Pentagone lundi.

« Je pense qu’il faudrait envisager des sanctions, mais je ne veux pas décrire le genre d’initiatives que nous pourrions prendre », a renchéri l’ambassadeur américain au Japon, Thomas Schieffer. De même, Paris a tenu à exprimer sa « vive préoccupation devant les préparatifs relatifs à un éventuel essai de missile balistique par la Corée du Nord », appelant instamment le pays à « maintenir le moratoire de 1999 sur le lancement de missiles » et à une reprise des discussions.

Au cours du week-end, la presse japonaise a fait état d’un possible test d’un missile balistique à longue portée Taepodong-2, c’est-à-dire de 3.500 à 6.000 kilomètres. Toutefois, aucune information n’a filtré sur un éventuel test nord-coréen et l’armée sud-coréenne n’a pas relevé son niveau d’alerte. Plusieurs médias asiatiques et américains se sont pourtant fait récemment l’écho de préparatifs de Pyongyang pour procéder à un tir de missile. D’après le quotidien américain New York Times, des responsables américains s’appuyant sur des images satellites ont conclu que les Nord-Coréens avaient terminé le ravitaillement en carburant d’un missile Taepondong-2. Une information qui confirmerait l’imminence d’un test.

Menaces de sanctions économiques et diplomatiques

Washington redoute avant tout que Pyongyang, une de ses bêtes noires dans le dossier nucléaire, ne cherche à développer un missile intercontinental d’une portée de 10.000 kilomètres, qui serait capable d’atteindre le territoire américain, notamment en Alaska. « La Corée du Nord devrait continuer de respecter le moratoire sur les tests de missiles de longue portée comme elle le fait depuis 1999 et revenir aux négociations à six » (Etats-Unis, Russie, Chine, Japon et les deux Corée), a averti dimanche le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow. Selon le quotidien new-yorkais, « un lancement pourrait avoir une énorme importance pour la sécurité des Etats-Unis », notant que ce tir serait le premier en mesure d’atteindre les Etats-Unis.

Lundi, le numéro deux du gouvernement japonais, Shinzo Abe, a également brandi la menace de sanctions économiques contre le régime nord-coréen. Vendredi déjà, la Diète japonaise - le Parlement - avait adopté un projet de loi recommandant de telles sanctions à moins que Kim Jong-il ne fasse en sorte d’améliorer la situation des droits de l’homme et surtout ne règle le dossier des Japonais kidnappés par des espions de Pyongyang. Autre menace brandie par les Japonais : saisir « immédiatement » le Conseil de sécurité des Nations unies pour imposer des sanctions en cas de tir.

Le « royaume ermite » dans le collimateur des puissances occidentales

Le Japon comme les Etats-Unis n’ont pas oublié le tollé international déclenché en août 1998, par le tir d’un missile nord-coréen à longue portée Taepodong-1. Ce missile pouvant parcourir jusqu’à 2.000 kilomètres avait ainsi survolé le Japon avant de s’abîmer dans l’océan Pacifique. Depuis cette crise, le Japon a conduit un programme de recherches conjoint avec les Etats-Unis sur un système de défense antimissile. Ce bouclier, qui comprend des systèmes de détection et des missiles d’interception, devrait être déployé fin 2006 ou début 2007.

Depuis novembre 2005, la Corée du Nord est dans le collimateur de plusieurs puissances. Accusé de poursuivre des activités nucléaires, le « royaume ermite », comme on le surnomme, refuse régulièrement de reprendre les pourparlers à six avec les Etats-Unis, la Chine, la Corée du Sud, le Japon et la Russie. De son côté, la Corée du Nord accuse Washington de « s’obstiner dans ses provocations (vers) une guerre d’agression », dans un rapport présenté par un haut responsable du Parti des Travailleurs au pouvoir. « Si l’ennemi commence la guerre, l’armée et le peuple coréens élimineront sans pitié les agresseurs », avertit ce rapport.

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En août 1998, un missile à longue portée Taepodong-1 avait été tiré par la Corée du Nord. Ce missile pouvant parcourir jusqu’à 2.000 kilomètres avait ainsi survolé le Japon avant de s’abîmer dans l’océan Pacifique (Photo AP)


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