mardi 17 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > En Italie, la justice veut restreindre la publication d’écoutes (...)

En Italie, la justice veut restreindre la publication d’écoutes téléphoniques

Jean-Jacques Bozonnet, le Monde

mardi 20 juin 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Le prince Victor Emmanuel de Savoie, arrêté le 16 mai pour "association de malfaiteurs", est-il coupable des accusations de "corruption et d’exploitation de la prostitution" portées contre lui et ses complices présumés ? Sans attendre la fin de l’enquête, une partie de l’opinion le juge déjà, à la lumière des écoutes téléphoniques que la presse transalpine publie à pleines pages depuis quelques jours. On y découvre un personnage sans scrupule qui parle gras, un affairiste trouble, que les magistrats désignent comme un chef de bande. Une bonne partie de la classe politique s’étrangle en ouvrant les quotidiens, tandis que les lecteurs se passionnent, entre ricanements et dégoût, pour ces conversations volées. D’autant que certaines mettent en cause des proches et des épouses d’hommes politiques.

"UN REALITY SHOW"

La publication de ces écoutes, théoriquement couvertes par le secret de l’instruction, devient "un reality show qu’il faut arrêter", dit le ministre de la justice, Clemente Mastella. Il a dénoncé, lundi 19 juin, "des divulgations inutiles ou excessives concernant des personnes qui, parfois, n’ont rien à voir avec les faits sur lesquels on enquête ou qui font référence à des faits relatifs à la vie privée sans conséquences pénales". Le nouveau garde des sceaux étudie un décret-loi pour limiter l’usage des écoutes au terrorisme et à la criminalité organisée, et surtout pour durcir les sanctions à l’encontre des journaux qui les rendent publiques. Avant de proposer son texte en conseil des ministres, il souhaiterait un consensus droite-gauche sur le sujet.

Si la coalition de centre-gauche est divisée, M. Mastella pourrait avoir le soutien du centre droit. L’été dernier, le gouvernement Berlusconi avait failli adopter le même type de réglementation. A l’époque, c’étaient les relations périlleuses du gouverneur de la Banque d’Italie avec un financier véreux qui faisaient le bonheur de la presse. Les retranscriptions d’écoutes dans l’ensemble des journaux en disaient long sur les promesses de cadeaux somptueux et de retours d’ascenseur qu’ils s’échangeaient. Silvio Berlusconi avait promis d’écrire lui-même un texte punissant de "cinq à dix ans de prison" les responsables des divulgations dans la presse. Sans doute n’en a-t-il pas eu le temps.

Le paroxysme des publications d’écoutes a été atteint il y a deux mois avec le scandale du football. Les juges disposaient de plus de 100 000 heures d’écoutes sur les portables du directeur général de la Juventus. L’hebdomadaire L’Espresso, proche du centre-gauche, en a rempli deux numéros hors-série. L’idée de peines d’emprisonnement fait désormais son chemin parmi certains élus de centre-gauche. L’Italie détient le record européen des écoutes sur les téléphones portables : le nombre des autorisations légales double chaque année depuis 2001 et il en coûte plus de 300 millions par an à l’Etat italien.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :