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Missile nord-coréen : Washington exclut des discussions directes sous la menace

Le Figaro, avec AFP

mercredi 21 juin 2006, sélectionné par Spyworld

La Corée du Nord a déclaré mercredi qu’elle pourrait différer un tir d’essai de missile balistique, dont plusieurs pays craignent l’imminence, en échange de l’ouverture de pourparlers avec les Etats-Unis qui rejettent toute négociation.

Des Nord-Coréens, « nous attendons » qu’« ils respectent leurs accords », a averti George W. Bush, faisant allusion à l’engagement de Pyongyang à ne pas procéder à des tirs d’essai de missiles. Le président américain s’exprimait de Vienne, à l’issue de ses entretiens avec les dirigeants européens.

Bush a mis en exergue la nécessité d’associer dans toute négociation avec la Corée du Nord les quatre autres pays (Chine, Corée du Sud, Japon, Russie) impliqués dans les tentatives pour obtenir un démantèlement de l’armement nucléaire nord-coréen, rejetant ainsi implicitement l’offre nord-coréenne de discussions directes.

« Je dois dire qu’on n’engage pas des conversations en menaçant de lancer des missiles balistiques intercontinentaux » a renchéri l’ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu, John Bolton, ajoutant : « Ce n’est pas une manière d’engager une conversation car si vous acceptez un tel comportement, vous en encouragez la répétition et nous ne le ferons pas. Donc le point essentiel demeure que la Corée du Nord ne doit pas procéder au tir » de missile.

Espoir d’une issue diplomatique

La tension sur le projet de lancement imminent d’un missile expérimental à longue portée prêté au « royaume ermite » reste vive. « Les Etats-Unis ont fait part de leur inquiétude sur notre tir d’essai de missile. Notre position est la suivante : d’accord, parlons-en », avait déclaré, dans la matinée, le représentant adjoint de la Corée du Nord à l’Onu. Du bout des lèvres, Pyongyang laissait entendre qu’une issue diplomatique à la nouvelle crise des missiles en gestation était possible. Ajoutant à la confusion ambiante, le diplomate avait par ailleurs rappelé le droit inaliénable de son pays à développer, déployer et procéder à des tirs d’essai. « Il est inadmissible que l’on nous dise quoi faire en ce qui concerne nos droits souverains », avait dit le diplomate.

Les Etats-Unis ont tenu à faire savoir qu’ils gardaient « toutes les options sur la table ». « Je pense que nous avons des moyens techniques plus efficaces de repérage que précédemment et nous possédons des options que nous n’avions pas auparavant », a expliqué l’ambassadeur américain au Japon, Thomas Schieffer à qui l’on demandait si les Etats-Unis tenteraient de détruire le missile nord-coréen en cas de test.

Côté japonais, le ton s’est quelque peu adouci : Tokyo a préféré prôner mercredi une solution diplomatique. « Il est important que la communauté internationale coopère et persuade la Corée du Nord d’annuler ce lancement », a déclaré le porte-parole du gouvernement.

Le voisin sud-coréen menace de réduire ses approvisionnements

Autre pression exercée, celle de Séoul. « Si la Corée du Nord procède à un essai de missile, cela aura un impact sur nos livraisons de riz et d’engrais », a ajouté le porte-parole du ministère chargé des relations avec le régime communiste. Cette question est au cœur des relations entre les deux « Corée », théoriquement toujours en guerre en l’absence d’un traité de paix à l’issue de la guerre de Corée (1950-53). En vertu d’un rapprochement historique initié en 2000, Séoul s’est engagé à approvisionner son voisin communiste notamment en riz et en engrais.

En 1999, le leader nord-coréen Kim Jong-Il avait décrété un moratoire sur les missiles. Cette décision avait conduit à un allègement des sanctions imposées par Washington qui a inscrit, depuis janvier 2002, la Corée du Nord parmi les pays de l’« axe du mal ». Il y a huit ans déjà, la Corée du Nord avait déclenché une crise internationale en tirant un missile à longue portée Taepodong-1, qui avait survolé le Japon avant de s’abîmer dans l’océan Pacifique.

Une « affaire très grave et une provocation »

Les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud redoutent un « bis repetita » et soupçonnent aujourd’hui le régime stalinien de préparer le tir d’un Taepodong-2 d’une portée de 6.700 kilomètres, suffisante pour atteindre les îles Hawaï. Les spéculations, largement relayées par les médias internationaux, se sont multipliées depuis quelques jours, de même que les sérieux coups de semonce adressés par le Japon et les Etats-Unis. Tokyo a évoqué une riposte « vigoureuse » tandis que la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a jugé qu’un éventuel tir serait une « affaire très grave et une provocation ».

La Corée du Nord en position de force ?

Officiellement, Washington n’a pas confirmé les informations de presse annonçant « l’imminence » d’un tir. Mais, selon le conseiller à la sécurité nationale américain, Stephen Hadley, « les renseignements sur ce tir ne sont pas totalement concluants à ce stade ».

Cette nouvelle crise avec la Corée du Nord survient alors que les pourparlers multilatéraux pour tenter de la convaincre d’abandonner son programme d’armes nucléaires sont dans l’impasse depuis novembre 2003. Après avoir accepté, en septembre 2005, le principe du démantèlement de son arsenal, Pyongyang a posé comme nouvelle exigence la levée des sanctions financières américaines imposées à des entités et entreprises nord-coréennes, ce que Washington refuse. Plusieurs analystes estiment que la Corée du Nord entretient le doute sur un possible tir d’essai pour attirer l’attention de Washington et négocier en position de force.


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