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Un rapport du Pentagone pointe du doigt la Chine en tant que menace militaire

Andre Damon, Wsws.org

vendredi 23 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Le mois dernier, le Pentagone a livré un rapport au Congrès qualifiant la Chine de rival militaire des États-Unis. L’évaluation annuelle du département de la Défense, intitulée « La puissance militaire de la République populaire de Chine », met en garde contre l’augmentation de l’investissement militaire chinois et présente le pays le plus populeux du monde comme une menace sérieuse pour les intérêts militaires et géostratégiques des États-Unis

On peut lire ce qui suit dans le rapport : « Aujourd’hui la capacité de la Chine à tenir à distance une puissance militaire est limitée. Toutefois, comme l’a souligné le Rapport quadriennal sur la défense de 2006 [publié plus tôt cette année], ‘La Chine a la plus grande capacité pour rivaliser militairement avec les États-Unis et engager des technologies militaires perturbatrices qui pourraient venir modifier à la longue les avantages militaires traditionnels des États-Unis’ ».

Le rapport estime que la Chine tente d’obtenir des missiles de croisière qui lui permettront éventuellement de prendre pour cibles des navires aussi loin qu’aux Îles Mariannes, ainsi que des missiles balistiques de moyenne portée capables de prendre pour cibles les bases navales américaines où est accostée la 7ème Flotte, au Japon et à Guam. Il est soutenu dans le rapport que la Chine a fait l’acquisition de nouveaux avions de chasses, bombardiers, et systèmes logistiques afin de moderniser son armée et obtenir des avantages technologiques sur les États-Unis.

Selon le rapport du Pentagone, bien qu’aucune de ces mesures ne représente en soi un avantage tactique significatif, la façon dont la Chine déploie ses forces pourrait permettre à Pékin d’interdire à la marine américaine l’accès à d’importantes sections du Pacifique ouest.

Le rapport adopte une position plus belliqueuse, quant aux relations sino-américaines, que les précédentes évaluations. Il estime que les dépenses militaires de la Chine sont trois fois plus élevées que ce qui est déclaré officiellement, et demande pour la forme : « Pourquoi cette augmentation de l’investissement ? Pourquoi ces achats continuels d’armes, toujours plus importants ? Pourquoi ces déploiements robustes à répétition ? »

Pékin a critiqué le rapport, accusant le Pentagone d’exagérer la croissance de l’armée chinoise et de le faire en ayant des « arrière-pensées », comme celle d’augmenter l’aide militaire des États-Unis à Taiwan. Cependant, le 25 mai, l’agence de presse de l’État de Xinhua a rapporté que la Chine s’embarquait dans un coûteux projet de modernisation et d’expansion de ses capacités militaires, pour une durée de 15 ans.

À la différence des épouvantails que les États-Unis ont créés à partir de petits États, faibles militairement, en Asie centrale et au Moyen-Orient, afin de fournir un prétexte à l’agression américaine, la Chine représente une menace potentielle plus substantielle pour l’hégémonie des États-Unis dans le Pacifique et à l’échelle de la planète.

Généralement considérée comme la troisième plus importante puissance militaire au monde, la Chine consacrerait, selon le Pentagone, de $70 à $105 milliards pour ses dépenses militaires annuelles. Le rapport du Pentagone prévoit une multiplication par trois de ces chiffres d’ici 2025, excepté si le rapport entre les dépenses militaires et le produit intérieur brut (PIB) venait à changer. Le rapport souligne aussi que les dépenses militaires ont augmenté de 14,7 pour cent dans le budget 2006 de la Chine, une hausse presque 50 pour cent plus grande que la croissance économique totale.

Il doit être noté que le gargantuesque budget de la défense de $420 milliards des États-Unis éclipse facilement celui de la Chine et de tout autre État. Mais, mises à part les différences numériques actuelles, Pékin à l’intention d’utiliser son armée pour devenir une puissance régionale dominante et, éventuellement, une puissance mondiale. Ces actions l’amènent en conflit avec les efforts de l’impérialisme américain pour la domination mondiale.

Depuis la fin de la Guerre froide, le premier objectif stratégique de Washington a été d’empêcher l’émergence d’une nation, ou d’un groupe de nations, qui aurait pu menacer son hégémonie géopolitique. À cette fin, la première ébauche du plan de défense du Pentagone, pour les années 1994-1999, déclarait : « Notre premier objectif est d’empêcher la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui menacerait l’ordre menacé autrefois par les États-Unis... Il y a d’autres nations ou coalitions potentielles qui, dans un futur plus éloigné, pourraient développer des objectifs stratégiques et adopter une position militaire de domination, régionale ou mondiale. Notre stratégie doit maintenant se concentrer sur la prévention de l’apparition de tout futur compétiteur mondial. »

Un élément principal de la suprématie militaire des États-Unis est sa domination maritime, exercée avant tout à l’aide de douze porte-avions et leurs groupes de combat associés. Bien que la puissance économique de la Chine augmente, les obstacles logistiques, technologiques, organisationnels et structurels engendrés par la construction d’une flotte pouvant rivaliser celle des États-Unis sont si énormes qu’ils rendent le projet difficilement réalisable. Au lieu de cela, selon les services de renseignement des États-Unis et des commentateurs de la politique étrangère comme Stratfor et l’Institut international d’études stratégiques, la Chine peut tenter de miner l’hégémonie américaine dans le Pacifique ouest en se servant de la grosseur de la 7ème Flotte contre elle-même.

Ils ont suggéré qu’au lieu de construire la marine traditionnelle d’une grande puissance, la Chine développe ses forces militaires pour profiter des points faibles de la capacité offensive américaine, particulièrement du fait que Washington doit déployer des navires de guerre très coûteux pour réaliser un blocus. La stratégie de la Chine consiste à bloquer l’accès du Pacifique Ouest aux flottes américaines hostiles en s’équipant de missiles de croisière sol-mer modernes, en renforçant leur défense anti-aérienne et leurs capacités de guerre électronique.

Il faut noter qu’une telle stratégie est principalement de nature défensive et qu’elle a, en grande partie, été imposée aux Chinois par une campagne consciente des États-Unis visant à encercler la Chine de bases militaires américaines et à conclure des ententes militaires avec des pays comme le Japon, l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam et la Mongolie.

Statfor, un site Web privé spécialisé dans le domaine du renseignement et ayant des liens étroits avec les cercles militaires américains, a écrit dans une analyse du rapport du Pentagone publiée le 31 mai : « Une telle stratégie chinoise représente un immense problème pour les États-Unis. Le coût de menacer une flotte est beaucoup plus faible que celui de la protéger. L’acquisition de missiles agiles et à grande vitesse coûtera moins cher que des systèmes défensifs. Le coût d’un porte-avions et de sa flotte en rend sa perte dévastatrice. »

Une solution pratique au dilemme stratégique auquel sont confrontés les militaires américains dans le Pacifique Ouest est le développement d’une arme conventionnelle qui pourra attaquer les installations défensives chinoises sans mettre les actifs militaires américains en danger. Il est évident que les États-Unis ont déjà commencé à s’engager sur cette voie. Cinq jours seulement après la publication du rapport du Pentagone, le New York Times a publié un article qui détaillait les plans du département de la Défense pour équiper les missiles balistiques intercontinentaux lancés par des sous-marins Trident II de têtes non nucléaires, supposément pour défendre les villes américaines d’une attaque terroriste.

Selon l’Institut international des études stratégiques, les États-Unis ont commencé à rétrograder leur flotte sous-marine Trident II équipée de missiles balistiques avec des missiles de croisière furtifs en 2005 dans le but de contrer l’augmentation de la capacité défensive de la Chine. La campagne actuelle pour équiper les missiles balistiques intercontinentaux des Trident II de têtes non nucléaires peut être vue comme une extension naturelle de ce processus. Un barrage de missiles balistiques intercontinentaux non nucléaires pourrait théoriquement réduire les capacités de protection du territoire de la Chine, donnant ainsi la possibilité aux navires et aux avions de guerre américains d’entrer en action avec un risque considérablement moindre.

Comme pour toute action qu’entreprend l’armée américaine, ces nouvelles armes ont été justifiées comme partie d’un mécanisme de défense exigé par la « guerre au terrorisme ». Toutefois, le développement de missiles balistiques intercontinentaux non nucléaires est une mesure purement offensive qui a pour but de renforcer l’hégémonie militaire américaine à travers le monde en réponse à l’augmentation des capacités défensives de ses rivaux.

L’incorporation des missiles balistiques intercontinentaux (qui se déplacent à des altitudes bien plus élevées et sur des distances bien plus grandes que les missiles de croisière) dans les stratégies de guerre traditionnelle est un développement majeur. En cinquante années de déploiement militaire, les missiles balistiques n’ont jamais été utilisés au combat, étant plutôt utilisés en dissuasion comme un vecteur pour les armes nucléaires. L’utilisation de missiles balistiques intercontinentaux comme porteurs d’armes non nucléaires implique qu’ils pourraient être identifiés de façon erronée, ce qui risque de provoquer une riposte nucléaire. Le Pentagone n’a pas fait grand chose pour traiter ce problème. Non seulement ces missiles nucléaires et non nucléaires seraient-ils pratiquement identiques, mais ils seraient même transportés par les mêmes sous-marins.

Quant à elle, la Chine a cherché à avoir accès aux réserves énergétiques du Pacifique et à former des alliances plus étroites avec des nations qui contrôlent des passages clés, comme la Malaisie et Singapour. Cherchant à faire pression sur Taiwan pour qu’il se réunifie de bon gré, la Chine déploie une batterie de 700 missiles de croisière sur le bord du détroit de Taiwan, augmentant leur nombre d’une centaine chaque année. La Chine maintient aussi son réseau de missiles SAM de longue portée au-dessus de l’espace aérien de l’île et a conduit onze exercices militaires amphibies basés sur un scénario taiwanais depuis six ans.

Le rapport du Pentagone note que « Certains analystes chinois ont exprimé l’idée que le contrôle de Taiwan permettra à la marine de l’armée de libération du peuple (ALP) de repousser son périmètre de ‘défense’ maritime plus loin en mer et améliorera la capacité de Pékin à influencer les voies de transport maritime de la région. Par exemple, le général Wen Zongren, qui était à cette époque commissaire politique de l’Académie des sciences militaires de l’ALP a déclaré en mars 2005 que la solution de la question de Taiwan a ‘des implications profondes pour briser un blocus des forces internationales qui affecterait la sécurité maritime de la Chine. Ce n’est qu’en brisant ce blocus que nous pourrons parler de la montée de la Chine.’ »

La déclaration du général touche un facteur fondamental de la politique militaire chinoise : le besoin de contrer la possibilité d’un blocus économique américain. La croissance continue de la Chine a été largement basée sur la croissance des exportations et sur la possibilité qu’elle a d’importer des matières premières et du pétrole.

Comme le note Stratfor, « [La Chine] importe des quantités massives de matières premières et exporte des quantités massives de produits manufacturés, particulièrement vers les États-Unis. La Chine veut certainement continuer ce commerce ; en fait, elle en a un urgent besoin. Au même moment, la Chine est parfaitement consciente du fait que son économie dépend du commerce maritime, et que son commerce maritime doit passer par des eaux contrôlées entièrement par la marine américaine. »

En tant que deuxième plus gros consommateur de pétrole dans le monde, la Chine requiert un influx continuel de fioul pour maintenir sa rapide croissance économique. Comme le note le rapport du Pentagone : « Il est inquiétant de voir la Chine développer des liens économiques et politiques avec des pays tels que l’Iran, le Soudan, la Birmanie, le Zimbabwe, Cuba et le Venezuela, qui font l’objet d’efforts internationaux visant à les encourager à prendre la direction de la non-prolifération nucléaire, des réformes politiques, de la stabilité et des droits de l’homme. »

Pour traduire le langage bureaucratique codé du rapport : la Chine a cherché à forger des partenariats économiques avec des États visés par des « forces internationales » (c’est-à-dire les États-Unis) et sujets à sanctions et changement de régime. Les liens de Pékin avec l’Iran ont une importance particulière, la Chine étant le deuxième plus important importateur de pétrole iranien. Ces circonstances soulignent le fait que des conflits autour de l’accès au pétrole résident au coeur de la dispute internationale concernant les capacités nucléaires de l’Iran.

Dans son document de 2006 sur sa Stratégie de sécurité nationale, l’administration Bush a résumé ainsi sa position : « Les États-Unis cherchent à encourager la Chine à faire les bons choix stratégiques pour son peuple, mais nous voulons nous prémunir contre d’autres possibilités » En d’autres mots, alors même que les États-Unis s’engagent économiquement auprès de la Chine, selon les désirs des sociétés transnationales basées aux États-Unis d’exploiter l’énorme bassin de main d’oeuvre à bon marché du pays et de gagner accès à son immense marché intérieur ainsi qu’à ses importantes réserves de matières premières, Washington se prépare pour un éventuel conflit militaire.

Sur un modèle similaire, le résumé exécutif du rapport du mois dernier du Pentagone se lit ainsi : « La politique américaine est d’encourager la Chine à participer en tant que partenaire international responsable en prenant une plus grande part de responsabilité pour la santé et le succès du système global dont la Chine a tiré grand profit »

Cette formulation incarne une contradiction fondamentale dans les rapports sino-américains. L’économie chinoise en plein développement est devenue une composante essentielle de l’économie capitaliste mondiale. Les États-Unis sont particulièrement dépendants de la Chine qui est le principal acheteur de devises et bons du trésor américains. Mais la croissance continue de la Chine la place en conflit de plus en plus grand avec les intérêts et visées hégémoniques de l’impérialisme américain.

Comme en atteste la dernière ronde de propos belliqueux sous un maquillage diplomatique, l’impérialisme américain ne va pas tolérer la montée d’une autre puissance capable d’établir une domination régionale, voire globale. L’élite dirigeante américaine cherche à défendre ses intérêts globaux à tout prix, et la logique de ses efforts vers une hégémonie mondiale mène inexorablement à une confrontation militaire avec des compétiteurs stratégiques existants ou potentiels, tels que la Chine, ce qui soulève une fois de plus le spectre de la guerre mondiale.


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