lundi 16 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > Comment la CIA épie le financement du terrorisme

Comment la CIA épie le financement du terrorisme

Le Figaro, avec Reuters

vendredi 23 juin 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Révélé par le New York Times, un programme de surveillance de la finance internationale a été mis en place par la « Centrale » avec l’accord de l’administration Bush et de l’institut financier belge SWIFT.

Depuis les attentats du 11-Septembre, le Renseignement américain a conclu des accords de coopération avec des réseaux de distributeurs automatiques de billets ou des sociétés de transferts de fonds comme Western Union. Mais le programme mis à jour par les médias américains est d’une toute autre ampleur.

La CIA et le département du Trésor américain ont surveillé les données transitant par SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), avec l’accord de cet institut financier belge. Cette coopérative interbancaire est, pour le New York Times, le « centre nerveux du secteur bancaire mondial ».

7800 institutions financières dans plus de 200 pays

SWIFT, basé à La Hulpe, près de Bruxelles, fournit un service de messagerie ultra-sécurisée à 7 800 institutions financières (la plupart des banques, des sociétés de courtage ou encore des gestionnaires de fonds), situées dans plus de 200 pays. SWIFT ne fait pas transiter d’argent. Il s’agit d’un système décentralisé de payement : via les messages standards qui transitent sur SWIFT, les institutions financières négocient directement leurs transactions, sans passer par une centrale de payement.

Les messages SWIFT sont strictement formatés. Emetteurs et destinataires sont identifiés par un code. Quatre lettres indiquent le nom de l’institution (BDFE pour la Banque de France, SOGE pour la Société Générale), les deux suivantes indiquent le pays (FR pour la France), viennent ensuite deux caractères précisant la localisation de l’institution, et trois autres pour définir la branche d’activité (XXX pour le siège, AFI pour une agence financière). Le code SWIFT (ou BIC pour Bank Identifier Code) du siège de la Banque de France s’écrit ainsi BDFEFRPPXXX.

« Outil vital de l’administration Bush »

En tout, plus de 11 millions de messages SWIFT sont échangés chaque jour. En 2004, deux sénateurs belges estimaient que toutes les transactions en devise au niveau international transitaient par ce réseau interbancaire.

Avec l’accord de cette coopérative belge, la CIA a pu étudier les « neurones » de la finance mondiale. Ce programme, mené sous le contrôle du département du Trésor, « nous a ouvert une fenêtre unique et excellente sur les opérations des réseaux terroristes et constitue, sans aucun doute, un exemple d’utilisation légale et adéquate de notre autorité », souligne Stuart Levey, sous-secrétaire du département du Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier.

Cet « outil vital » de l’administration Bush aurait ainsi permis, selon le quotidien, l’arrestation de Riduan Isamuddin, alias Hambali, considéré comme le cerveau des attentats de Bali en 2002, qui avaient fait plus de 200 morts. L’examen des transactions financières aurait ainsi permis de suivre une somme d’argent transférée du compte bancaire saoudien d’un suspect jusqu’à une mosquée new-yorkaise.

« Une question qui relève du débat public »

Mais, après le scandale des écoutes de la NSA (National Security Agency), les programmes de renseignements américains sont sujets à controverse. L’administration Bush a, semble-t-il voulu étouffer celle-ci dans l’œuf.

Le New York Times écrit ainsi que des membres de l’administration Bush lui ont demandé de ne pas publier cet article afin de préserver l’efficacité du programme.

« Nous restons convaincus que l’extraordinaire accès de l’administration à ce vaste gisement de données financières internationales, aussi prudemment exploité soit-il, est une question qui relève du débat public », justifie le directeur général du New York Times, Bill Keller.

Le programme étant éventé, l’administration défend la légalité de ce programme. Au Trésor, on souligne que les lois américaines restreignant l’accès aux transactions financières individuelles ne s’appliquent pas au réseau SWIFT qui est considéré non pas comme une banque ou une institution financière, mais comme un prestataire de services de messagerie. Le Trésor ajoute que seules les communications SWIFT des entités suspectées d’être liées au terrorisme ont été étudiées.

La CIA pêche ses renseignements « au harpon » plutôt qu’ « au filet »

« C’est un outil essentiel de la guerre contre le terrorisme, basé sur des pouvoirs légaux appropriés et doté de procédures de contrôle et de sauvegarde efficaces », explique John Snow, le secrétaire au Trésor, qui ajoute qu’il ne s’agit pas de « pêche au filet » qui ramasserait sans distinction toutes les transactions financières des Américains, mais « plutôt une pêche au harpon très précise au cœur des activités terroristes ».

Mais le New York Times cite d’autres responsables proches du programme, qui estiment plutôt que la communauté du renseignement évolue là dans une « zone grise » de la loi et que la révélation de ces méthodes « hautement inhabituelles » de surveillance financière pourrait avoir des conséquences sur le réseau SWIFT. Un ancien fonctionnaire fédéral évoque, lui, un « énorme potentiel pour des abus ».

L’institution belge a d’ailleurs très rapidement réagit. Dans un communiqué, SWIFT explique que la coopération avec les pouvoirs publics est une de ses traditions, et que le cadre de ce programme a été négocié avec le Renseignement américain, tout en « protégeant la confidentialité de ses clients ».


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :