lundi 23 octobre 2017

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La CIA a espionné les flux bancaires internationaux

Eric Leser, le Monde

samedi 24 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Il s’agit selon le New York Times de " la plus importante entreprise secrète mise en oeuvre pour traquer le financement du terrorisme". Le quotidien révèle, dans son édition du vendredi 23 juin, que l’Agence centrale de renseignement (CIA) a passé au crible, sous le contrôle du département du Trésor, des dizaines de milliers de transactions financières impliquant des Américains et des étrangers, dans le cadre d’un programme clandestin lancé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

L’existence du Terrorist Finance Tracking Program (Programme de traque du financement du terrorisme) a été confirmée à contrecoeur, vendredi, par le département du Trésor. Il affirme qu’il est limité à la surveillance des opérations bancaires de personnes soupçonnées de liens avec Al-Qaida.

Le programme ne pourrait pas exister sans la collaboration du réseau de la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (Swift), une coopérative interbancaire dont le siège se trouve en Belgique, centre nerveux des transactions financières mondiales par lequel transitent 6 000 milliards de dollars par jour. Elle fournit ses services à 7 800 établissements financiers de plus de 200 pays. Par réquisition administrative, sans l’aval d’un juge, le département du Trésor obtient chaque jour des données de Swift, dont une partie des opérations est menée sur le sol américain et notamment dans son centre de Manassas, en Virginie.

"Cela nous a ouvert une fenêtre unique sur les opérations des réseaux terroristes", souligne Stuart Levey, sous-secrétaire du département du Trésor responsable du renseignement financier. Selon lui, le programme a permis de "démanteler des cellules, d’empêcher des attentats et de sauver des vies". Il aurait apporté des informations décisives sur les attentats de Londres du 7 juillet 2005. Il aurait permis la capture du dirigeant le plus recherché d’Al-Qaida en Asie du Sud-Est, le chef du Jamaah Islamiya, Nurjaman Riduan Isamuddin dit "Hambali", considéré comme le cerveau des attentats de Bali en octobre 2002.

L’existence de cette surveillance secrète est connue depuis le début par les banques centrales du G10 (Canada, Allemagne, France, Italie, Japon, Pays-Bas, Suède, Suisse, Angleterre, Etats-Unis, ainsi que la Banque centrale européenne) et les pays alliés des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme. Mais, comme avec les écoutes clandestines de citoyens américains menées sans l’autorisation de la justice par la National security agency (NSA), l’administration Bush semble avoir délibérément contourné les lois protégeant les libertés individuelles.

"OUTIL ESSENTIEL"

En 1978, le Congrès a voté un texte baptisé Right to Financial Privacy Act (loi sur le droit à la vie privée financière), qui limite l’accès du gouvernement aux données bancaires des citoyens. Selon le département du Trésor, il ne s’applique pas aux informations fournies par Swift, qui n’est pas considérée comme une banque mais comme un prestataire de services. Vendredi 23 juin, lors d’une conférence de presse, le secrétaire au Trésor sur le départ, John Snow, a justifié l’existence d’un programme dont il se dit "fier" et a même jugé "regrettable" la révélation de son existence.

"C’est un outil essentiel de la guerre contre le terrorisme, basé sur des pouvoirs légaux appropriés et doté de procédures de contrôle et de sauvegarde efficaces. En suivant les flux d’argent, les Etats-Unis ont été capables de localiser les activistes et leurs financiers", a expliqué M. Snow. Son collaborateur, Stuart Levey, a fait part de ses craintes sur le fait que "des terroristes sophistiqués vont maintenant arrêter d’utiliser un système auquel nous avons accès, ou vont prendre des précautions pour dissimuler leurs identités (...)".

Le gouvernement avait demandé au New York Times de ne pas publier son article, mais le quotidien a refusé. "Nous sommes déçus qu’une fois encore le New York Times ait choisi de révéler un programme secret qui protège les Américains", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. Bill Keller, le directeur général du New York Times, s’est justifié dans les colonnes de son journal : "Nous restons convaincus que l’extraordinaire accès de l’administration à ce vaste gisement de données financières internationales, aussi prudemment exploité soit-il, est une question qui relève du débat public."

Pour Anthony Romero, directeur de l’Association américaine des libertés civiles, "il s’agit d’un nouvel exemple des abus de pouvoir de l’administration Bush".

Le précédent de la National Security Agency

ECOUTES TÉLÉPHONIQUES.

En décembre 2005, le New York Times révélait un programme secret de la National Security Agency (NSA) comprenant, aux Etats-Unis, sans l’aval d’un juge, des interceptions de communications téléphoniques et de messages électroniques de personnes suspectées d’être en relation avec des membres d’Al-Qaida à l’étranger. En mai, USA Today affirmait que la NSA avait aussi collecté auprès de compagnies de téléphone les listes de dizaines de millions d’appels d’Américains ordinaires. Une loi de 1978, le Foreign intelligence surveillance act, contraint le gouvernement à solliciter un mandat de la justice pour procéder à de pareilles écoutes sur le sol américain.

LE RÔLE DE MICHAEL HAYDEN.

Nommé à en mai à la tête de la CIA, Michael Hayden avait dirigé la NSA de 1999 à 2005. "Si j’ai mis en place ce programme (d’écoutes téléphoniques) en octobre 2001, s’est-il justifié, c’est parce que ma responsabilité est de défendre la nation et la sécurité de la République."


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