mercredi 18 octobre 2017

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En matière d’écoutes téléphoniques, l’Italie détient un solide record d’Europe !

Jean-Jacques Bozonnet, Le Monde

mardi 22 février 2005, sélectionné par Spyworld

Par fax, le principal opérateur italien de téléphonie mobile, Tim, a prévenu toutes les questures de la Péninsule : inutile d’ordonner de nouvelles écoutes téléphoniques, le réseau est saturé. Actuellement, 5 000 lignes gérées par Tim - qui détient 43 % du marché transalpin - sont sous surveillance. Il n’est techniquement pas possible d’en écouter davantage simultanément.

En attendant un nouveau progrès, qui pourrait porter à 7 000 le nombre de téléphones mobiles espionnables en même temps, les procureurs sont priés par Tim de modérer leurs demandes. Une vingtaine de lignes à peine restent réservées à

la direction nationale anti-Mafia pour "les cas d’une particulière gravité". Au-delà, Big Brother sera en liste d’attente, contraint d’espérer qu’une ligne se libère pour se brancher sur une nouvelle enquête. Les autres opérateurs, Vodafone et Wind, ne sont pas loin de connaître les mêmes problèmes.

Le garde des sceaux, Roberto Castelli, a reconnu que le nombre des écoutes téléphoniques, surtout sur les portables, doublait tous les deux ans : 32 000 en 2001, 45 000 en 2002, 77 000 en 2003. Pour 2004, le mur des 100 000 personnes placées sur écoutes aurait été franchi. Et le ministre, entendu récemment par une commission parlementaire, prévoyait un nouveau doublement en 2005.

Les mises sur écoutes, très réglementées, ne durent que quinze jours, ou quarante s’il s’agit de criminalité organisée. Ensuite, la procédure doit être renouvelée. La presse cite le cas de "Tortellino", le nom de code d’un gangster pisté récemment grâce à la mise sur écoutes de vingt-deux téléphones portables appartenant à des proches et des relations.

L’Italie détient un record d’Europe en la matière : 72 citoyens sur 100 000 habitants sont "interceptés" légalement, contre 32 en Suisse ou 0,5 aux Etats-Unis. "Si le nombre des écoutes est si élevé chez nous, c’est parce que, dans les affaires les plus graves, il est difficile de trouver des témoins et de les convaincre d’aller au tribunal", explique Edmondo Bruti Liberati, président de l’Association nationale des magistrats. Le ministre de la justice se dit préoccupé par cette explosion des écoutes. "Leur éventuelle limitation est un sujet délicat qui concerne l’obligation constitutionnelle de l’action pénale", fait-il remarquer en soulignant le coût qu’elles représentent pour le budget de son ministère. En 2004, les "frais de bretelles" auraient atteint 300 millions d’euros, contre 165 millions en 2001.

Les magistrats regrettent les atteintes à la vie privée, mais ils font remarquer que les écoutes téléphoniques, en particulier sur les portables, sont rendues nécessaires par l’évolution des techniques de communication. De surcroît, elles coûteraient moins cher que les filatures traditionnelles. "J’admets que l’Italie est parmi les pays qui dépensent le plus pour les interceptions téléphoniques, déclare le procureur adjoint de Milan, Armando Spataro. Mais il est tout aussi vrai que nous sommes au premier rang pour les actes criminels, de la Mafia à la corruption en passant par le terrorisme". Bref, nécessité fait loi.

Rome de notre correspondant


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