vendredi 15 décembre 2017

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Procès des écoutes : la défense plaide la relaxe

Franck Johannès, Le Monde

mardi 22 février 2005, sélectionné par Spyworld

Pour ses avocats, Louis Schweitzer, seul, "a fait preuve de détermination face au dérives du pouvoir".

Michel delebarre , lundi 21 février, a tenu à ce que son avocat le souligne : il a "très mal pris les réquisitions du procureur", cinq jours plus tôt, notamment son appartenance "à une bande organisée. Surtout, le parquet a réclamé contre l’ancien directeur de cabinet du Premier ministre cinq mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende, et six mois et 6 000 euros pour son successeur, Louis Schweitzer. Des peines symboliques et amnistiables, mais parmi les plus lourdes requises au procès des écoutes de l’Elysée.

Le maire de Dunkerque n’est poursuivi, de décembre 1983 à juillet 1984, que pour une seule écoute, celle de Jean-Edern Hallier. Pour Me Hubert Soland, du barreau de Lille, "tout prouve que l’écrivain savait qu’il était écouté et qu’il ne voulait pas porter plainte". C’est essentiel : s’il le savait en 1983, l’affaire est prescrite depuis 1993. Or Jean-Edern Hallier a multiplié les allusions à ses écoutes. Vantardise peut-être, mais pas lorsqu’il téléphone à Matignon pour inviter à déjeuner le colonel Gervais, justement responsable du contrôle des interceptions, qui a refusé, par délicatesse. Pour Me Soland, l’écrivain s’accommodait de ces écoutes "parce que ça lui faisait de la publicité".

L’avocat a d’ailleurs estimé que le branchement était justifié : l’écrivain avait avoué avoir fait sauter en 1982 l’appartement de Régis Debray ; il avait projeté l’enlèvement de Mazarine, la fille cachée du chef de l’Etat ; il avait voulu faire chanter le président de la République et il avait fallu que Paul Barril lui confisque le 11.43 avec lequel il tirait sur les pigeons depuis son balcon de la place des Vosges. "Il y avait une menace, c’est incontestable", a assuré Me Soland, qui a demandé la relaxe et ne voit aucune raison de verser les 300 000 euros que réclame la famille Hallier.

Louis Schweitzer, directeur de cabinet de Laurent Fabius de juillet 1984 à mars 1986, n’est pas moins amer. "A l’instruction, on avait déjà des doutes, a jeté au parquet Me Pierre Haïk, l’un de ses avocats. Depuis, les preuves se sont accumulées. De cela, vous n’avez tiré aucune conséquence." Les témoignages favorables à l’ancien patron de Renault se sont en effet multipliés, "c’est de loin M. Schweitzer qui a refusé le plus d’écoutes", a, notamment, expliqué le général Charroy, le directeur du groupement interministériel de contrôle (GIC) sous sept premiers ministres.

"UNE PASSOIRE"

Du coup, la cellule a mis au point "un système dérivé" pour court-circuiter Matignon, a expliqué Me Haïk. Non seulement pour les demandes, puisque la cellule se faisait fort d’obtenir un branchement en 48 heures quand les autres services mettaient une semaine. Mais aussi pour les transcriptions, que l’homme de la cellule au GIC rapportait "massivement" et clandestinement à l’Elysée. Le GIC était "une passoire", a insisté Me Philippe Lemaire, ajoutant : "Il est établi qu’il sortait de cet établissement des documents en fraude qui devaient parvenir à M. Schweitzer. On s’est joué de lui, pour qu’il ne puisse pas appliquer les principes qu’il était en charge de faire respecter. Il a été trahi. C’est pourtant le seul qui a fait preuve de détermination face aux dérives du pouvoir". Le parquet avait déjà abandonné la moitié des charges contre Louis Schweitzer, les avocats ont réclamé l’abandon de l’autre moitié. Partie civile, Le Monde s’est, pour sa part, désisté de son action envers lui.

La tâche était moins lourde pour les avocats des policiers Dominique Mangin, Michel Tissier et Jean Orluc, contre qui trois mois avec sursis et 1 500 euros d’amende avaient été requis, ou une secrétaire, qui risquait un mois. Tous ont demandé la relaxe. Me Jacques Vergès enfin, s’est offert une petite promenade de santé : le parquet lui-même a renoncé, le 16 février, à poursuivre son client, Paul Barril, pour le recel des fichiers d’écoutes. L’avocat a trébuché à trois reprises sur le nom du directeur de cabinet du chef de l’Etat, Gilles Ménage, qu’il s’est obstiné à appeler... Manège.


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