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Washington veut déployer des Patriot au Japon

Alain Barluet, le Figaro

mardi 27 juin 2006, sélectionné par Spyworld

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Trois ou quatre batteries de missiles sol-air seraient installées à Okinawa d’ici à la fin de l’année.

FACE A LA MENACE nord-coréenne, Américains et Japonais cherchent la parade avec la mise en place d’un bouclier antimissile. Alors que George W. Bush a sommé Pyongyang, hier, de révéler ses « intentions » concernant un éventuel tir de missile intercontinental Taepodong II, le ministère de la Défense nippon a annoncé que les Etats-Unis envisageaient le déploiement de missiles d’interception Patriot dans le sud de l’Archipel.

Les « détails n’ont pas été finalisés » mais des « discussions » sont en cours entre les deux pays, ont indiqué les autorités japonaises. Hier, le Yomiuri a précisé que le projet a été au centre d’une réunion entre responsables américains et japonais, le 17 juin. Selon le quotidien nippon, trois ou quatre batteries de missiles sol-air Patriot Advanced Capability 3 (PAC 3) seront installées d’ici à la fin de l’année dans les bases militaires américaines d’Okinawa. Quelque 500 à 600 soldats américains seraient également déployés pour accompagner la mise en place des PAC 3, ajoute le Yomiuri.

« Protection multicouche »

Le déploiement au Japon d’un système de défense antimissile américain serait une première et son annonce n’a rien de fortuit dans le contexte de tension créé par le nouveau projet de « test » balistique prêté aux Nord-Coréens. D’une portée de 6 700 kilomètres, le Taepodong II constitue potentiellement une menace pour le Japon mais est également susceptible d’atteindre le territoire américain, en l’Alaska ou à Hawaï.

Ce déploiement de PAC 3 concerne avant tout la protection des bases navales américaines au Japon. Mais il vient également s’intégrer dans l’ambitieux programme de défense antimissile engagé par Tokyo en 2003. Erigé en priorité dans le livre blanc de la défense japonaise publié en décembre 2004, ce système prévoit la mise en place, dès 2010, d’une « protection multicouche » pour faire face à d’éventuelles actions hostiles nord-coréennes mais également chinoises. Un premier rideau de défense doit être constitué de batteries de missiles intercepteurs PAC 3 et PAC 2 (incluant respectivement 48 et 20 missiles).

Tokyo souhaite également équiper ses quatre destroyers Kongo de missiles d’interception mer-air Standard Missile 3 (SM 3) codéveloppé par les Américains et les Japonais. Un dispositif très mobile qui a été testé avec succès en mars dernier depuis le croiseur américain Lake Aerie, comme le souligne Bruno Gruselle, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (1). Constitué de PAC 3 spécialement configurés et produits sous licence par le Japon, le deuxième rideau de défense nippon sera censé protéger les grandes villes de l’Archipel. Ce bouclier antimissile, qui comprend également des systèmes de détection (notamment un drone à capteurs infrarouges développé par le Japon), doit commencer à être déployé fin 2006 ou début 2007 - un calendrier qui coïncide peu ou prou avec les projets américains à Okinawa.

A terme, la défense antimissile nipponne servira-t-elle aussi à d’autres pays de la région ? Ou à la protection du territoire américain ? Au moment où le Japon s’interroge sur sa Constitution « pacifiste » et cherche à renforcer ses capacités militaires, le déploiement des Patriot aura, lui aussi, valeur de test.

(1) Dans une récente étude consultable sur le site www.frstrategie.org


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