dimanche 22 octobre 2017

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Ecoutes de l’Élysée : dernier baroud de la défense au terme des débats

Marie-Estelle Pech, le Figaro

jeudi 24 février 2005, sélectionné par Spyworld

Après trois mois d’un procès fleuve sur lequel n’aura cessé de planer l’ombre de François Mitterrand, les avocats des douze prévenus poursuivis dans l’affaire des « écoutes de l’Elysée » ont tous plaidé la relaxe. Le jugement, mis en délibéré, sera rendu le 20 avril.

En ce dernier jour d’audience devant le tribunal correctionnel de Paris, le président a proposé à chacun des prévenus de l’affaire des « écoutes de l’Elysée » de prendre la parole une dernière fois. Poursuivis pour « violation de l’intimité de la vie privée », ils se voient reprocher d’avoir écouté en toute illégalité environ 150 personnalités entre 1983 et 1986. Gilles Ménage, l’ancien directeur de cabinet adjoint de François Mitterrand, contre lequel dix mois de prison avec sursis et 8 000 euros d’amende ont été requis, a revendiqué avec fierté « l’honneur d’avoir servi le président de la République ». « Cette période a été difficile, a-t-il expliqué. Il n’existe pas une raison d’État mais des raisons pour l’État d’agir. Je souhaiterais que vous preniez en compte ce qu’est l’intérêt de l’État. »

« S’il y a un responsable, ce n’est que moi », a lancé à son tour, plus sobrement, Christian Prouteau, l’ancien patron de la cellule de l’Elysée, contre lequel la même peine a été requise. Le haut fonctionnaire paraissait très ému après l’ultime plaidoirie, celle de son avocat, Me Francis Szpiner, qui l’a qualifié d’« homme de courage et de devoir ».

Auprès de François Mitterrand, Christian Prouteau a alors une double mission : assurer la sécurité du président et lutter contre le terrorisme. Il va recevoir un contingent d’écoutes administratives : « Les procédures ont été respectées », affirme son avocat. L’atteinte à l’intimité de la vie privée correspond au « jardin secret » de chacun, ce n’est pas une « notion fourre-tout » qui englobe la vie professionnelle, objet selon lui de la plupart des écoutes. La liberté de la presse est un fait, rappelle l’avocat, au sujet des écoutes des conversations du journaliste du Monde Edwy Plenel. « Mais est-il illégitime pour l’État de savoir quels sont ses serviteurs qui le trahissent, qui trahit le secret de l’instruction ou le secret défense ? », interroge Me Szpiner, balayant d’un revers de manche le « secret des sources » des journalistes. Les poursuites engagées contre Christian Prouteau ont un fond juridique illégal, assure-t-il : « Où, quand et comment Christian Prouteau a-t-il transmis, copié, écouté ? La réponse est : jamais ! » Il n’a pas écouté lui-même, le délit ne serait donc pas constitué pour le prévenu. Par ailleurs, tous ne faisaient, selon l’avocat, qu’exécuter les ordres du président Mitterrand et de ses chefs de gouvernement successifs, Pierre Mauroy et Laurent Fabius, qui eux n’ont pas été poursuivis. « Étrange idée que vous avez de la république : ignorer les premiers ministres et tirer sur les lampistes », lance-t-il au tribunal.

La veille, l’avocat de Gilles Ménage, Me Patrick Maisonneuve, avait évoqué de son côté la possibilité d’une prescription : dans des relevés d’écoutes, entre 1985 et 1986, Edwy Plenel disait à sa compagne Nicole Lapierre : « Nous sommes écoutés », ajoutant « c’est Gilles Ménage qui nous écoute ». Edwy Plenel avait déposé une plainte en mars 1993 après la révélation de l’affaire. Mais s’il était au courant depuis 1985 ou 1986, l’affaire pourrait être prescrite depuis de nombreuses années, argue l’avocat. A l’audience, le journaliste du Monde avait toutefois objecté que ces échanges avec sa compagne sur de présumées écoutes avaient surtout valeur de « plaisanteries ».


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