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Succès d’un essai sur le futur bouclier antimissile américain

Le Monde, avec AFP

vendredi 25 février 2005, sélectionné par Spyworld

L’annonce du succès est intervenue alors que le Canada a fait part de sa décision de ne pas participer au projet, auquel l’opinion canadienne était majoritairement hostile.

Un missile américain lancé d’un navire a intercepté avec succès un autre missile dans le cadre des essais pratiqués pour tester le futur bouclier antimissile des Etats-Unis, a annoncé jeudi 24 février la marine américaine. Il s’agit du cinquième essai réussi depuis le début de la campagne d’essais lancée dans le cadre de ce programme, a précisé l’US Navy.

La marine a indiqué avoir lancé le missile d’interception depuis l’USS Erie au large de l’archipel d’Hawaï et avoir lancé le missile ciblé à 160 km de là, depuis l’île de Kauai (Hawaï). Les deux missiles de type Aegis sont entrés en collision, a-t-elle précisé.

Le futur bouclier antimissile américain, cher au président George W. Bush, avait essuyé un échec il y a 10 jours avec le ratage d’un essai de missile d’interception, qui intervenait après un autre échec de lancement de missile, le 15 décembre. M. Bush devait initialement déclarer l’ensemble du système opérationnel à la fin 2004, mais la mise en alerte du bouclier avait été repoussée après l’échec de décembre. En 2005, cinq essais sont prévus dont au moins deux tentatives d’interception.

Le bouclier comprend un réseau d’alerte radar sur d’éventuels tirs de missiles ennemis en direction des Etats-Unis, couplé avec des missiles intercepteurs prêts à être lancés pour détruire les engins adverses. Huit missiles intercepteurs ont été installés jusqu’à présent dans des silos, six en Alaska et deux en Californie.

Le Pentagone a déjà consacré 130 milliards de dollars à ce programme de défense antimissile et prévoyait de consacrer au cours des cinq prochaines années plus de 50 milliards de dollars à ce système héritier du projet de défense antimissile de l’ex-président Reagan surnommé la "Guerre des étoiles". Mais, dans le projet de budget pour 2006, le Pentagone a prévu de réduire d’un milliard de dollars cette année, et de cinq milliards de dollars sur les six prochaines années, les dépenses consacrées à ce projet.

LE CANADA REFUSE LE BOUCLIER ANTIMISSILE AMÉRICAIN

La réussite de l’essai, jeudi, intervient le jour même où le Canada a décidé de ne pas participer au bouclier antimissile américain, un projet auquel l’opinion canadienne était majoritairement hostile. "Après un examen soigneux de la question, nous ne participerons pas au bouclier antimissile", a ainsi déclaré, jeudi, le ministre des affaires étrangères, Pierre Pettigrew, devant la Chambre des communes, estimant que "cela ne diminuera en rien la coopération avec les Etats-Unis". "Le Canada doit agir en fonction de ses propres intérêts et déterminer où résident ses propres priorités. Le Canada doit opter pour des investissements qui lui rapporteront les plus grands résultats tangibles", a souligné le ministre.

Après avoir soupesé pendant plus d’un an le pour et le contre de ce projet, très impopulaire au Canada, le gouvernement du premier ministre Paul Martin a donc finalement tranché. Conscient que cette décision risque de jeter un nouveau froid sur les relations canado-américaines, qui commençaient à se réchauffer après le refus canadien de participer à la guerre en Irak, M. Pettigrew a profité du sommet de l’OTAN à Bruxelles cette semaine pour avertir à l’avance la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice.

Lors de sa visite, début décembre au Canada, le président Bush avait largement insisté sur la nécessité qu’Ottawa se joigne à son bouclier pour la sécurité du continent nord-américain. A la tête d’un gouvernement minoritaire, Paul Martin devait tenir compte de l’hostilité au projet manifestée par deux partis d’opposition, les indépendantistes québécois et le Nouveau Parti démocratique, mais aussi dans les propres rangs de son Parti libéral.

Cet été, les Etats-Unis et le Canada avaient modifié l’accord sur le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) pour l’adapter au déploiement du bouclier antimissile, un geste perçu alors comme un appui d’Ottawa au système de défense américain. Interrogé à la sortie de la réunion du cabinet, M. Martin a insisté sur le fait que les Etats-Unis restaient le "plus solide allié et plus proche ami" du Canada, mais que ses priorités étaient différentes. "Le bouclier antimissile n’est pas ce sur quoi nous concentrerons nos efforts", a estimé M. Martin qui a cité comme priorités militaires : la sécurité des frontières et des côtes, la souveraineté sur l’Arctique et le renforcement des services de renseignement.


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