dimanche 22 octobre 2017

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Arrestation de deux responsables du renseignement militaire italien

Richard Heuzé, le Figaro

jeudi 6 juillet 2006, sélectionné par Spyworld

Ils sont accusés d’avoir participé à l’enlèvement d’un imam intégriste à Milan en 2003.

MARCO MANCINI, le numéro deux des services secrets militaires (Sismi), a été incarcéré hier à la prison San Vittore de Milan, dans le cadre de l’enquête menée par la justice italienne sur l’enlèvement d’un dissident fondamentaliste égyptien, il y a trois ans. Un autre membre des services secrets, le général Gustavo Pignero, responsable du Sismi pour le nord de l’Italie, ainsi que quatre Américains, dont trois agents de la CIA, ont été placés en résidence surveillée, dans le cadre de la même enquête. Ils sont accusés d’enlèvement et de séquestration de personne.

Ce dissident égyptien, Hassan Moustafa Osama Nasr, dit Abou Omar, un imam de 46 ans déjà fiché pour avoir recruté des kamikazes pour l’Irak, a été enlevé en plein centre de Milan, non loin d’une mosquée réputée pour être un repaire de terroristes, le 17 février 2003, à 12 h 25, par un commando d’agents secrets américains.

Selon une Égyptienne qui a assisté à la scène, quatre hommes se sont emparés de lui avant de le faire entrer dans une camionnette banalisée suivie de deux autres véhicules. Au terme de cinq heures de voyage, le fondamentaliste a été conduit sur la base militaire américaine d’Aviano (dans le Frioul). Puis jeté dans un avion américain à destination de la base allemande de Ramstein d’où il est aussitôt reparti pour Le Caire à bord d’un jet loué par la CIA.

Pendant de longs mois, Abou Omar est resté incarcéré en Égypte. En avril 2004, il a profité d’une permission pour téléphoner à sa femme, restée en Italie. Lui racontant par le menu détail sa captivité ainsi que les tortures dont il affirme avoir été l’objet en prison.

Agents secrets très peu discrets

Au terme d’une enquête minutieuse, le parquet de Milan a reconstitué les circonstances de cet enlèvement rocambolesque. Puis lancé l’an dernier un mandat d’arrêt international contre vingt-deux agents secrets américains qui auraient participé à la capture, laissant derrière eux une multitude d’indices montrant qu’ils pensaient sans doute pouvoir agir en toute impunité.

Ils ont ainsi payé avec des cartes de crédit parfaitement identifiables leurs factures de location de voitures, d’hôtels et de restaurants. Leurs téléphones portables appartenaient à des fonctionnaires de l’ambassade américaine à Rome et du consulat américain de Milan.

En novembre dernier, Roberto Castelli, le précédent garde des Sceaux, a refusé de transmettre aux autorités américaines la requête d’extradition, arguant du secret d’État. De leur côté, aussi bien le chef du Sismi, le général Nicola Pollari, que le gouvernement de Silvio Berlusconi ont démenti que des fonctionnaires italiens aient été impliqués. En arrêtant Marco Mancini, sans doute les juges milanais cherchent-ils à faire pression sur le gouvernement de Romano Prodi. Même si l’actuel garde des Sceaux, Clemente Mastella, estime qu’il n’y a « rien de nouveau » dans le dossier.

D’où le commentaire acerbe de l’ancien chef d’État Francesco Cossiga : « On doit au Sismi les plus brillantes opérations de lutte contre le terrorisme à l’étranger. Attendons-nous à ce qu’Oussama Ben Laden nous adresse sous peu ses remerciements et ses plus vives félicitations. »


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