lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Technologie > Le Japon joue le destin de son programme spatial

Le Japon joue le destin de son programme spatial

AFP

vendredi 25 février 2005, sélectionné par Spyworld

logo

TOKYO (AFP) - Traumatisé par un humiliant revers il y un an, le Japon va jouer le destin de son programme spatial en procédant, en principe samedi, à un nouveau lancement de sa fusée H-2A, probablement le dernier en cas d’échec. Ce tir survient au moment où la Chine affiche de grandes ambitions dans l’espace et alors que le Japon voit lui échapper le lucratif marché des lancements de satellites. "Le prochain tir pourrait décider du destin du programme de développement spatial du Japon", reconnaît franchement Hideo Nagasu, ancien directeur de l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise.

"Parce que le Japon a encore besoin de beaucoup d’expérience, il nous reste du chemin à faire avant de réaliser notre rêve d’entrer sur le marché du lancement des satellites commerciaux", a-t-il déclaré à l’AFP.

Le septième lancement de la H-2A aura lieu samedi depuis le centre spatial de Tanegashima, dans la préfecture de Kagoshima (sud du Japon), si la météo est favorable.

Le tir, qui aurait dû avoir lieu jeudi, a été repoussé "à cause du mauvais temps". La fusée H-2A doit emporter avec elle un satellite multifonctionnel météo et de guidage aérien.

Certes, le Japon a déjà lancé avec succès cinq fusées H-2A, mais il a essuyé un revers en novembre 2003 quand il a été contraint d’ordonner la destruction en vol de la sixième.

Dix minutes après le décollage, un problème avec un des propulseurs avait contraint les responsables du projet à détruire la fusée qui transportait deux satellites espions chargés de surveiller la Corée du Nord.

L’échec avait été d’autant plus cuisant pour le Japon, que quelques semaines auparavant, la Chine avait réussi son premier vol spatial habité, devenant le troisième pays du monde a réaliser cet exploit, 42 ans après l’URSS et les Etats-Unis.

Il n’y a aucun doute que le Japon voit avec anxiété la montée en puissance de sa voisine, en particulier dans les domaines de la défense et de l’espace.

"Nous avons étudié les causes du dernier échec. Nous avons repris la conception de la fusée et nous sommes confiants de réussir", a assuré le porte-parole de l’Agence aérospatiale, Masato Nakamura.

"Nous sommes persuadés que nous pourrons finalement lancer des satellites commerciaux pour des entités japonaises ou étrangères", a insisté M. Nakamura.

Mais le programme des fusées H-2, de conception entièrement japonaise, a accumulé les mauvaises performances depuis le début.

En novembre 1999, les responsables avaient dû détruire en plein vol une fusée de ce type, d’un coût de 24 milliards de yens (173 millions d’euros), ainsi que son satellite météo, lorsqu’elle avait quitté sa trajectoire après le décollage.

En outre, l’aventure spatiale a un prix. Depuis le lancement du nouveau modèle H-2A en 2001, le Japon a consacré un budget de 120 milliards de yens (866 millions d’euros) à ce programme.

Pour l’influent quotidien Asahi Shimbun, le programme spatial nippon "a été plombé par d’embarrassants échecs" et le prochain tir "pourrait bien décider de son avenir".

"Un autre échec alimenterait la pression de l’opinion publique contre un projet dispendieux. Les gens demanderaient : +Pourquoi ne demandons-nous pas à des pays étrangers de mettre nos satellites en orbite ?", s’inquiète l’ancien directeur de l’Agence aérospatiale.

"S’ils échouent cette fois, les responsables du programme spatial auront bien du mal à convaincre l’opinion", prédit M. Nagasu.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :