mardi 24 octobre 2017

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Un an après la tragédie, la menace terroriste persiste à Londres

Jacques Duplouich, le Figaro

vendredi 7 juillet 2006, sélectionné par Spyworld

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Les renseignements de Scotland Yard sur l’activisme islamique en Grande-Bretagne sont alarmants.

Il y a un an, Londres s’éveillait après avoir, la veille, ravi à Paris l’organisation des Jeux olympiques de 2012. À l’aube, les reliefs de la célébration populaire jonchaient encore Trafalgar Square. Les Londoniens, le coeur léger, se hâtaient au travail, savourant un triomphe qui, décidément, consacrait la cité comme la ville référence de l’Europe. Le « feel good factor » imprégnait l’humeur.

Brutalement, l’allégresse a laissé place à la tragédie. Le terrorisme islamique a frappé les transports urbains, à une heure de forte affluence. À quelques minutes d’intervalle, peu avant 9 heures, plusieurs explosions ont ravagé trois rames différentes de métro, tuant 39 passagers sur le coup. En surface, le bus n° 30 en route vers l’est de la capitale, explose. On relève 13 morts et 110 blessés. Un véritable carnage qui frappe le royaume de stupeur et de colère.

Quatre possédés d’Allah

À Gleaneagles, en Ecosse, où il préside une réunion du G 8, Tony Blair, choqué, affirme sa détermination « à vaincre ceux qui veulent imposer leur fanatisme et leur extrémisme à chacun d’entre nous ». C’est un commando de quatre possédés d’Allah - Mohammed Sidique Khan, Shehzad Tanweer, Hasib Hussain, tous trois nés en Grande-Bretagne de parents immigrés du Pakistan et Jermaine Lindsay, natif de la Jamaïque mais naturalisé britannique, venus de la région de Leeds - qui a entrepris de massacrer autant d’« infidèles » que possible, en se faisant sauter avec des bombes artisanales.

Equipés de sacs à dos contenant des charges explosives, ils ont semé la mort, laissant derrière eux des indices. Les caméras de surveillance des transports publics permettent de reconstituer leur itinéraire dès leur arrivée à la gare de King’s Cross. Le royaume s’interroge. Pourquoi ces fils d’immigrés, apparemment bien intégrés, ont-ils basculé dans la barbarie ? Pourquoi les services de sécurité n’ont-ils rien vu venir ?

Un an plus tard, l’argument des défaillances institutionnelles et du manque de moyens, de même que l’impossibilité de prévoir ce terrorisme domestique ne satisfait ni les proches des victimes ni les experts. « Un an après les horreurs du 7 juillet rien n’a changé », assure Tim Hames du Times. Le royaume est toujours vulnérable aux zélotes dévoyés de l’islam. « Il n’y a pas de nouvelle approche, pas de nouvelle politique », relève Mark Baillie, expert du terrorisme islamique. « Rien que des actions répressives et contre-productives qui ne font que renforcer le soutien aux partisans du djihad », insiste-t-il.

À cet égard, la confidence faite récemment, à la BBC, d’un responsable du MI 5 - la DST britannique - donne le frisson. Selon lui, les extrémistes pourraient compter sur le soutien de 400 000 « sympathisants ». Par-delà ce potentiel de complices, le MI 5 a identifié 1 200 fanatiques islamiques prêts à des actions radicales.

Une infime minorité en regard du 1,6 million de musulmans paisibles résidant au Royaume-Uni. Pourtant, « depuis un an, la police a déjoué trois ou quatre complots possibles, ouvert 70 enquêtes et déféré 60 personnes devant la justice », révèle Peter Clarke, responsable de la section antiterrorisme à Scotland Yard. « Le flux de nouvelles affaires croît sans cesse », ajoute-t-il. Et les renseignements dont dispose Scotland Yard sur l’activisme islamique sont « vraiment sinistres ». Notamment « l’extrême jeunesse » des suspects, « citoyens britanniques » dans la très grande majorité des cas, deuxième génération de migrants parfaitement intégrés.

Selon un sondage récent de l’institut Populus, 6% de la communauté musulmane de Grande-Bretagne justifient les attentats du 7 juillet 2005. « Conformes aux principes de l’islam », disent-ils, en qualifiant de « martyrs » les quatre commandos du « 7/7 ». « Cette minorité au coeur de notre communauté pose, réellement, un danger » reconnaît Tariq Ghaffur, directeur adjoint de Scotland Yard et lui-même musulman.

Responsables musulmans trop réservés

Tony Blair, qui a fait de la lutte contre le fanatisme religieux et la terreur l’une de ses priorités, a critiqué les caciques de la communauté musulmane trop réservés, selon lui. « Le gouvernement seul ne peut pas éradiquer l’extrémisme » islamique assure le premier ministre. Il appartient aussi aux chefs religieux et laïcs « de stigmatiser la terreur et de combattre activement idées fausses et griefs infondés » des musulmans contre l’Occident.

Mais « beaucoup de jeunes sont révoltés par la décision du gouvernement de faire la guerre en Irak et en Afghanistan », objecte Inayat Bunglawala, du Conseil musulman de Grande-Bretagne. Kim Howells, secrétaire d’Etat au Home Office, en convient : « D’autres attentats sont inévitables. »


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