lundi 11 décembre 2017

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Punition collective

Le Monde

dimanche 9 juillet 2006, sélectionné par Spynews

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Officiellement, l’opération "Pluie d’été" de l’armée israélienne a deux objectifs : la libération du caporal Gilad Shalit, capturé lors de l’attaque d’un poste de contrôle devant la bande de Gaza et devenu otage de groupes armés palestiniens ; la fin des tirs de mortier depuis Gaza contre des villes israéliennes limitrophes.

Pour y parvenir, l’armée a mis en oeuvre des moyens inégalés depuis les attaques aériennes sur Gaza en 2003-2004 : bombardement de centrales électriques, de réseaux d’adduction d’eau, de bâtiments publics, de routes, de champs et de vergers, tentatives d’assassinat de dirigeants du Mouvement islamique Hamas, capture d’une soixantaine de ministres et d’élus de ce parti, qui dirige l’Autorité palestinienne depuis janvier.

Sur les quarante morts palestiniens des derniers jours, selon l’ONG israélienne Betselem, les deux tiers étaient des civils, dont plusieurs enfants. Les observateurs relèvent que l’armée pratique aussi, notamment, le passage nocturne à très basse altitude de chasseurs-bombardiers au-dessus des agglomérations. Le bruit du franchissement du mur du son détruit les vitres des maisons et terrorise les habitants. Diverses associations israéliennes de défense des droits de l’homme ont demandé à la Cour suprême d’agir pour que l’armée mette fin à des actes qui apparaissent, selon leurs termes, comme une "punition collective" d’un million et demi d’êtres humains, et pas seulement comme une "opération antiterroriste".

Les ordres de l’état-major, avalisés par le gouvernement, posent deux types de problème. Le premier est moral et juridique. Israël enfreint le droit international sur l’occupation de territoires et le droit de la guerre, qui proscrivent les punitions collectives de populations. Le bombardement soutenu de bâtiments civils ne peut pas être une réponse à des tirs de mortiers artisanaux. L’indignation d’Israël devant la prise en otage d’un soldat est très légitime, mais elle le serait encore plus si l’Etat juif ne détenait pas un millier de Palestiniens capturés chez eux et emprisonnés, certains depuis des années, sans acte d’accusation ni jugement.

L’action en cours est-elle "efficace" ? C’est la seconde question. Un dicton israélien dit : "Ce qui ne marche pas par la force marchera avec plus de force encore." Le quotidien de référence Haaretz rétorquait, jeudi 6 juillet : "La puissance d’Israël tout comme sa capacité de dissuasion n’ont jamais été endommagés par la sous-utilisation de la force, mais par son suremploi. La détermination et la résistance palestinienne croissent toujours lorsque leur situation empire."

Croire, comme cela semble être le cas des dirigeants israéliens, qu’une fois brisée, la population palestinienne se détournera du Hamas, et que ce dernier pourra dès lors être lui-même éradiqué, est un leurre politique dévastateur, en premier lieu pour Israël.


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