samedi 21 octobre 2017

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Les mauvais comptes de la CIA

Joël Depommier, Gauchebdo.ch

dimanche 9 juillet 2006, sélectionné par Spynews

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ESPIONNAGE - LES BANQUES SAVENT FAIRE DES EXCEPTIONS, QUAND WASHINGTON LE DEMANDE. SCANDALE


Les mauvais comptes de la CIA

La société interbancaire Swift, basée en Belgique,est accusée par le New York Times d’avoir livré des renseignements aux services secrets américains.

C’est un des conseils d’administration les plus courus de la planète. On y trouve tout ce que le gratin des banquiers fait de mieux, qu’ils proviennent de la JP Morgan Chase Bank, de l’UBS, de la Deutsche Bank, du Crédit suisse ou même de Clearstream (banque de recouvrement luxembourgeoise, au centre de l’affaire du même nom en France, ndlr). Membres du comité de surveillance de la société coopérative ( !) : les banques centrales des dix pays les plus riches, dont la Banque Nationale Suisse (BNS). Autant dire que Swift (pour Society for worldwide interbank financial telecomunication), société basée en Belgique, est une grosse boîte noire, en matière d’échange de données interbancaires, faisant « sérieusement » son travail depuis 30 ans, à raison de transactions de 6000 milliards de dollars par jour.

Tout aurait pu continuer dans le meilleur des mondes feutrés de la finance, si la CIA n’avait eu la mauvaise idée d’éplucher les comptes de l’entreprise, au nom de la lutte contre le terrorisme après les attentats du 9 septembre 2001.

D’autres sociétés sur la sellette

D’autant plus gênant que le New York Times a décidé, la semaine passée, et ce malgré les pressions, de balancer le pot-aux-roses, tout en précisant que ce genre de petits arrangements entre amis avec livraison d’informations sur les clients, s’est aussi produit ailleurs. Avec A.T.M, des sociétés de cartes de crédit ou la Western Union (société de transfert d’argent à l’étranger, ndlr), mais « sur la base d’accords plus limités », selon un officiel des services secrets US, cité par le NYT. Merci, on respire.

Si le big boss de Swift, l’Américain Leonard Schrank, aussi président de la Chambre de Commerce belgo-américaine, se refuse à tout commentaire, l’organisation a quand même dû se fendre d’un petit communiqué pour éviter d’effrayer toute sa clientèle (pourtant au courant). « (Oui), nous avons répondu à des demandes exécutoires émanant des autorités américaines et plus précisément de l’Ofac (branche du Trésor américain), mais (....) mais nous avons préservé la confidentialité des données de ses utilisateurs tout en respectant les lois des pays où Swift est présente. (Notre société) a obtenu des autorités américaines d’importantes protections et garanties quant à la finalité, la confidentialité, la supervision et le contrôle du nombre limité des données produites suite à ces demandes ». Bref, rassurez-vous, bonnes gens, le secret bancaire restera toujours intangible. A une seule exception : celle qui touche la sécurité internationale. Cas de force majeure et mission carrément civique, d’autant que cette opération aurait permis l’arrestation d’un important terroriste lié aux attentats anti-US de 2003 à Bali. Selon les dires de la CIA. On est prié de le croire, le doigt sur la couture.

No comment suisse

Du côté de banques nationales, prévenues selon certains dès 2003 ( !), on fait aussi le dos rond. La BNS a ainsi précisé qu’elle n’avait « aucun pouvoir de contrôle juridique en Belgique », alors que le gouvernement précisait qu’il ne voyait pas d’atteinte au droit suisse. On a pourtant été plus chatouilleux sur le secret bancaire par le passé, notamment lors des discussions sur les bilatérales-bis, comprenant notamment le dossier de l’entraide judiciaire. Sans doute faut-il ajouter ce nouveau verset de mansuétude pro- US au chapitre de tolérance qui a entouré les vols secrets de la CIA en Europe.

Seule voix discordante dans le concert, celle du préposé à la protection des données, Hanspeter Thür, qui estime dans la NZZ am Somstag qu’il n’y a aucune base légale pour transmettre des informations sur des clients et que ceux-ci devaient être informés. Il prévoit même de prendre contact avec les services européens de protection de données afin de coordonner une action. Pas gagné d’avance.

Emoi belge

Pour l’heure, seule la Belgique s’est offusquée du procédé et l’affaire a du mal à passer et notamment chez la ministre de la justice, Laurette Onkelinx (Parti socialiste) qui a décidé d’ouvrir une double enquête sur cet espionnage financier. Coup d’auto-promotion ou pas, toujours est-il que certains journaux belges soutiennent que Mme la ministre de la justice, le ministre des finances et le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) étaient au courant depuis plusieurs mois des procédures engagées par le CIA. Ce que dément l’élue belge. Bonne opération en tout cas pour Swift. L’affaire est déjà en passe d’être enterrée, alors que la polémique crépite sur le degré de connivence et d’implication de ses sociétaires nationaux.


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