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Washington renforce la pression sur Pyongyang en décrétant ses transactions financières "illicites"

Philippe Pons, le Monde

mardi 29 août 2006, sélectionné par Spyworld

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Le département du Trésor américain a annoncé qu’il considérait désormais toutes les activités financières de la Corée du Nord comme "suspectes". "Etant donné le faux monnayage auquel se livre le régime, ses trafics de narcotiques et ses activités de prolifération, la frontière entre les activités licites et illicites des entreprises nord-coréennes est inexistante", a déclaré, vendredi 25 août, Stuart Levey, sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et de la criminalité financière.

Bien que les Etats-Unis n’aient guère fait de distinction nette entre les activités licites et illicites de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) depuis la mise à l’index, en septembre 2005, de Banco Delta Asia (BDA) de Macao - accusée de blanchiment d’argent pour le compte de Pyongyang -, la criminalisation de toutes les transactions financières du régime témoigne de la volonté américaine de faire monter la pression d’un cran.

Dans un communiqué, le porte-parole du ministère des affaires étrangères nord-coréen a dénoncé "un acte qui tient du gangstérisme". Il a rappelé que les Etats-Unis ont placé sous enquête "les comptes ouverts par la RPDC dans une dizaine de pays dans le sud-est asiatique ainsi qu’en Mongolie et en Russie".

Ce durcissement américain se fait jour au moment ou des mouvements suspects aux alentours de ce qui pourrait être un site nucléaire souterrain donnent à penser que Pyongyang préparerait un essai atomique. Les services de renseignement sud-coréens et japonais ont renforcé leur surveillance des mouvements sismiques dans la péninsule afin de détecter une éventuelle explosion nucléaire - sans être à même d’évaluer si celle-ci est imminente ou non.

Dans un éditorial, le journal de la communauté nord-coréenne au Japon, Chosun Shinbo, n’écarte pas "l’éventualité d’un essai nucléaire destiné à renforcer les capacités d’autodéfense de la RPDC si les Etats-Unis accentuent leurs représailles".

Selon le chef des services de renseignement sud-coréens, Kim Seung-kyu, la Corée du Nord "peut procéder à tout moment à un essai nucléaire. Tout dépend de la décision de son dirigeant Kim Jong-il".

MISE À L’INDEX

En février 2005, la RPDC disait être détentrice de l’arme nucléaire, mais elle n’a jamais procédé à un essai. Selon le ministre de la défense sud-coréen, Yoon Kwang-ung, Pyongyang se serait doté d’"une ou deux bombes nucléaires". La RPDC disposerait d’assez de plutonium pour en fabriquer une demi-douzaine, estime Washington.

En coordination avec Pékin, Séoul a averti Pyongyang des conséquences qu’entraînerait un essai nucléaire après ceux, début juillet, de missiles de moyenne et longue portée. Des tirs condamnés par le Conseil de sécurité des Nations unies. Un essai nucléaire nord-coréen "ébranlerait les fondements du système de non-prolifération" et "isolerait davantage la RPDC", estime le ministre sud-coréen des affaires étrangères, Ban Ki-moon.

Tout en mettant en garde la Corée du Nord, la Chine et la Corée du Sud soulignent les risques d’acculer un régime étranglé par les sanctions prises à son égard par les Etats-Unis et ses alliés. La RPDC a déclaré qu’elle ne reviendrait pas à la table de négociations à six (Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie) sur ses ambitions nucléaires, tant que Washington n’aura pas levé les sanctions. En septembre 2005, les pourparlers avaient débouché sur un accord de principe mais, quelques jours plus tard, Washington accusait la BDA de blanchiment.

Outre le gel des avoirs nord-coréens dans cet établissement, sa mise à l’index a dissuadé d’autres banques de poursuivre leurs transactions avec la Corée du Nord. Le Trésor américain fait, en outre, pression sur la Chine et le Vietnam pour que leurs banques coupent les liens avec Pyongyang. Ce qu’auraient fait la Banque de Chine à Macao et des établissements bancaires vietnamiens.

Seuls des banques russes et des établissements de seconde importance continuent leurs opérations avec la RPDC. "Plus que financière, la levée des sanctions est une question politique", rappelle Pyongyang.


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