lundi 11 décembre 2017

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Du changement dans les politiques d’innovation des sociétés françaises

Annie Kahn, le Monde

mardi 29 août 2006, sélectionné par Spyworld

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Les entreprises françaises sont sur le point de révolutionner leur façon d’innover." Navi Radjou, vice-président de Forrester Research, une société d’études américaine basée à Cambridge (Massachusetts), en est persuadé, au point d’avoir fait de ce constat le titre d’un rapport publié jeudi 24 août.

Purement qualitative, cette enquête, menée durant plusieurs mois au printemps, tranche avec les études statistiques régulièrement invoquées pour s’alarmer du retard français en matière de recherche et développement (R & D).

M. Radjou s’intéresse davantage à la façon dont l’innovation est organisée, ou stimulée dans les entreprises, qu’aux chiffres. Il estime plus important de s’intéresser à la "chaîne de valeur" qui va permettre à une entreprise de transformer une idée en produit ou service compétitif plutôt qu’à " ce monstre qu’on appelle la R & D".

Une étude, publiée en novembre 2005 par le cabinet Booz Allen Hamilton, avait déjà montré l’absence de corrélation entre les dépenses de R & D, d’une part, et la croissance des revenus ou l’amélioration des retours aux actionnaires, d’autre part.

Or, M. Radjou, bon connaisseur des entreprises américaines, mais aussi indiennes et chinoises, estime que quelques entreprises françaises "pionnières", telles Renault-Nissan ou Air liquide, BNP Paribas la Société générale, ou CNP Assurances, entre autres, ont instauré de " bonnes pratiques" qui pourraient faire école en France.

Ces firmes ont non seulement ouvert leurs laboratoires sur les autres services de l’entreprise, mais aussi sur ceux de partenaires, fournisseurs ou clients, pour mettre en place des réseaux d’innovation, à même d’accroître fortement leur compétitivité, estime-t-il.

La période serait opportune pour que ce nouveau modèle fasse des émules. Car " une cassure" apparaît dans les entreprises françaises. Avec, d’un côté, les directeurs opérationnels (responsables d’unités), qui sont convaincus qu’il leur faut à tout prix faire preuve de créativité. Et, de l’autre, des directions informatiques, auxquelles ces opérationnels souhaiteraient faire appel pour modifier leur façon de faire, mais qui ne peuvent répondre à cette demande étant débordées par la maintenance des applications existantes.

Ce goulet d’étranglement incite donc les dirigeants à travailler en réseau. La mondialisation favorise aussi ce phénomène car les accords commerciaux avec les pays émergents, Chine ou Inde en particulier, se doublent souvent de partenariats de recherche.

Avec ses 7 millions de blogs, la France, seconde plus grande blogosphère après les Etats-Unis, disposerait d’un excellent atout pour mieux comprendre quels sont les besoins des consommateurs et "co-inventer, co-transformer leurs offres de produits et services avec eux".

Les réseaux d’innovation nécessitent un profil de salariés différent de celui recherché traditionnellement pour les laboratoires de recherche. "Il faudra recruter des spécialistes de la gestion technologique plutôt que des ingénieurs, estime M. Radjou. Et favoriser la création de formations au management, du type Master of Business Administration (MBA) dans les écoles d’ingénieurs."

Mais, les politiques publiques françaises en matière d’innovation ne lui paraissent pas aller dans le bon sens. " Les pôles de compétitivité sont trop centrés sur l’invention et non sur l’innovation. Et quand j’ai appris que l’Agence de l’innovation industrielle allait financer les grandes entreprises, j’ai rigolé !", s’exclame M. Radjou, pour qui "l’argent serait mieux dépensé s’il était utilisé pour aider les PME à défendre leurs droits en matière de propriété industrielle, pour favoriser les collaborations avec d’autres firmes de petite taille, ou des grandes entreprises".


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