jeudi 14 décembre 2017

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Espionnite aiguë entre Caracas et Washington

Lamia Oualalou, le Figaro

mercredi 30 août 2006, sélectionné par Spyworld

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Washington a créé une mission de renseignement sur le Venezuela, similaire à celles dédiées à l’Iran et à la Corée du Nord.

JUSQU’OÙ iront-ils ? La surenchère dans l’agressivité entre les États-Unis et le Venezuela commence à inquiéter les pays voisins, et à agiter les cours du pétrole, déjà installé au-dessus de 65 dollars le baril. Exécrables depuis avril 2002, quand le président Hugo Chavez a failli être renversé par un coup d’État, avec la bénédiction de l’administration américaine, les relations entre Washington et Caracas connaissent une nouvelle dégradation depuis la mi-août.

Ce sont les États-Unis qui ont ouvert les hostilités il y a dix jours, avec l’annonce de la création d’une mission spéciale de la CIA sur le Venezuela et Cuba. C’est un geste fort : hormis ses structures traditionnelles, la CIA n’affichait jusqu’alors que cinq bureaux spécialisés. Ils sont respectivement dédiés au terrorisme, aux armes de destruction massive, au contre-espionnage, à l’Iran, et à la Corée du Nord. L’annonce a provoqué les moqueries de Hugo Chavez qui a ironisé sur l’expérience d’un autre temps du chef de cette nouvelle mission, Patrick Maher, fonctionnaire de la CIA depuis trente-deux ans.

Le président ne s’est pas contenté de rire. En représailles, il laisse traîner la signature de traité de coopération dans la lutte contre la drogue. Pour le gouvernement vénézuélien, les fonctionnaires de la DEA, l’agence anti-drogue américaine ne sont pas dignes de confiance. « Un fonctionnaire de la DEA est un agent des renseignements spécialisé dans les questions de drogue. Dans le nouveau contexte, il faut réévaluer les accords que nous pouvons signer avec les États-Unis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Jesse Chacon.

Poker menteur

Ce désaccord rappelle la réputation détestable de la DEA en Amérique latine. Ses actions parfois violentes, aux côtés de l’armée et des « marines » contre des paysans locaux, ont décrédibilisé l’image d’un service dédié à une cause noble de lutte contre la drogue. Mais cette absence de collaboration inquiète les pays voisins et en premier lieu le Mexique, où les autorités ont mis la main sur 5,5 tonnes de cocaïne à bord d’un avion qu’elles prétendent en provenance d’un aéroport vénézuélien.

Le dernier accroc entre les deux pays date de ce week-end. Les États-Unis assurent qu’un camion au statut de valise diplomatique a été illégalement arrêté par les autorités, lesquelles protestent qu’il ne s’agit que de matériel de contrebande destiné à l’espionnage.

Le jeu de poker menteur a des explications internes, alors que paradoxalement, les relations commerciales entre les deux pays sont très bonnes. Washington doit sévir contre Cuba et le Venezuela pour plaire à l’électorat de Floride, où l’influence des exilés cubains est considérable. Hugo Chavez se présente à sa propre succession le 3 décembre, et a fait de la « lutte contre l’impérialisme » un de ses arguments de campagne. Par ses actions, la Maison-Blanche justifie sa bataille. Elle vient de s’opposer à l’arrivée du Venezuela en tant que membre temporaire du Conseil de sécurité de l’ONU, auquel il aurait droit comme n’importe quel pays. Tous les pays du monde doivent désormais voter, le 11 octobre, pour décider qui, du Venezuela ou du Guatemala, poussé par les États-Unis à se présenter, siégera ces deux prochaines années au nom de l’Amérique latine. Un match que Hugo Chavez prépare en sillonnant le monde. Après le Brésil et l’Argentine, il vient de recevoir l’appui de la Russie et la Chine. Il arrive demain en Syrie, une autre bête noire des États-Unis.


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